Cinéma

FESTIVAL DU FILM ITALIEN

VILLERUPT,

Meurthe-et-Moselle

"Chers amis, Mesdames et Messieurs. Chers amis, c'est pour ceux qui sont déjà venus; mesdames et messieurs, pour ceux qui viennent pour la première fois. On vient comme on est. Vous voyez, je n'ai pas de cravate, pas de fla-fla. C'est simple, populaire". L'esprit du festival se résume dans les mots de l'un des organisateurs qui nous accueille au Rio, l'une des salles de cinéma, le sanctuaire, comme il l'appelle, car c'est d'ici qu'a débuté le festival, lancé par une poignée de jeunes, fervents, passionnés et tenaces, il y a 23 ans. Ce fut d'abord le festival du film fantastique avant de devenir celui du film italien.

Son allocution de bienvenue, jamais la même, nous apprend que deux usines et trois mines, dont une à ciel ouvert, fonctionnaient à Villerupt. Aujourd'hui, elles sont fermées.

Pour s'y rendre, on quitte Luxembourg. On arrive à Esch. On continue, on est en France. Pas d'accueil, plus de frontière. La bâtisse de la douane est fermée, elle indique maintenant "police". Les fenêtres sont grillagées.

On arrive à Audun. On passe des films à la Maison des Jeunes et de la Culture. C'est sympathique. On peut y manger. Mais on préfère aller à Villerupt, il y a plus d'ambiance, plus de films, et quand on est un peu en retard et qu'on n'a pas trop étudié le programme, on va à la mairie, QG du festival, où on peut toujours espérer avoir une place dans la salle des fêtes, même si ailleurs on affiche complet.

La mairie, c'est le coeur du festival. L'entrée est toujours bondée, enfin le samedi et le dimanche, et on a toujours l'impression qu'on n'y arrivera pas - à la caisse - parce que d'un côté se trouve la "librairie" où on peut feuilleter ou acheter des romans, des dictionnaires, des affiches, des livres en français ou en italien, sur la cuisine, l'architecture et la littérature italiennes. De l'autre côté, l'accueil répond aux questions et vend les cartes postales ainsi que l'imagerie du festival. Au fond, c'est la radio et sur le pourtour, on peut regarder une exposition de photos. Entre-temps, on est arrivé à la caisse et même avant le début de la séance. Une large plage retard est prévue, car les festivaliers viennent de loin: Nancy, Forbach, Verdun, région parisienne et même un Danois qui vient passer quinze jours de vacances à Villerupt uniquement pour le festival.

Le festival s'articule autour de quatre objectifs: les nouveaux films, les films redemandés expressément par les spectateurs, les classiques et la rencontre et discussion avec des acteurs et réalisateurs venus spécialement pour répondre aux questions du public. Oreste, l'âme du festival, sert d'interprète.

Cette année (1998), 21 films en version originale et sous-titrés en français sont à notre disposition du 30 octobre au 15 novembre, soit trois week-ends. Le festival a choisi un thème, celui de l'enfant et de la jeunesse. L'actu-alité et la vie quoti-dienne sont présentes également: les élections en Italie avec la victoire de Berlusconi, la guerre dans l'ex-Yougoslavie, les séjours linguistiques, les rapports entre les plus jeunes et les personnes âgées. Les films sur le fascisme s'estompent, à l'exception de "La vie est belle" qui réussit un tour de force: présentation du nazisme et de sa solution finale sous forme ludique. Il faut voir le film pour comprendre. Des registres différents sont prévus pour satisfaire tous les goûts.

Une équipe de trois personnes assure la restauration sous un chapiteau. Elle peut servir jusqu'à 1000 repas par jour, en moyenne près de 700. Quand je confie au chef que déjà pour six je ne m'en sors pas, il me répond calmement: "On fait notre travail." Il faut dire que depuis le 28 octobre leur travail commence dès 7 heures du matin pour se terminer à 2 heures du matin, tous les jours, et pas un jour de repos. Malgré tout, l'un d'eux tient à préciser: "Quel que soit le nombre de repas on fait toujours notre travail avec le même plaisir". Les repas sont bien équilibrés, copieux, chauds. Les pâtes sont bonnes parce qu'elles sont faites au fur et à mesure et le parmesan vient sûrement d'être râpé, car il est très frais. Les végétariens ne sont pas oubliés.

Le festival se prépare sur toute l'année. Il compte 150 bénévoles qui ne ménagent pas leur peine. Les réunions vont reprendre pour décider de l'affiche, des films et des invités.

On vient de voir le dernier film. C'est fini. On rentre à Luxembourg. Un sentiment de tristesse nous étreint. Plus de convivialité. Chacun va retrouver une société où parler à autrui ne se pratique qu'à des endroits bien précis. Au cinéma, ce sera désormais entrer, s'asseoir, regarder, partir, pour beaucoup, même avant la fin du générique, tout ça sans dire un mot à son voisin. Voilà c'est terminé. Vite à l'année prochaine. Tous à Villerupt pour le XXIIème festival.

Géraldine
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