Plaidoyer pour une civilisation
de l'Universel
La Face cachée du Cerveau
de Dominique AUBIER
éditions Dervy (607 pages, 259.- FF / 39,84
.- Euros)
Léopold Sédar Senghor a rêvé de la Civilisation de l'Universel. Mais comment fédérer les civilisations, sous quelle bannière accepteraient-elles de s'unir pour agir de concert vers un grand projet? Quelle est la philosophie qui pourrait donner corps à la magnifique intuition du poète? La Science dispose-t-elle d'une réponse? Depuis des années, la Rationalité prêche la nécessité du rapprochement entre Connaissance et Science. Dans le but de définir le principe d'unité, d'éminents chercheurs se sont lancés à la poursuite du diamant vert, soupçonnant l'existence d'un motif unique ou modèle absolu régissant le réel.
Les effets de cette structure d'absolu sont observables: les constantes sont connues ponctuellement, mais non comprises comme des lois organiques universelles. Cette structure d'absolu, le scientifique la cherche depuis un demi-siècle, mais il reste au seuil de l'aventure ne disposant pas de l'outil conceptuel lui permettant d'identifier l'agent responsable de l'unité.
Cette structure d'absolu, le philosophe le craint, au point qu'un Umberto Ecco voudrait qu'elle fût absente (La Structure absente) et qu'un Régis Debray va jusqu'à la nommer locuteur universel, appellation magnifique, tout en se plaignant de ne pas l'entendre... La philosophie se heurte ainsi aux limites que lui impose le désir qu'elle a d'inventer des systèmes de pensée. Mais a-t-elle jamais résolu le système de pensée... du Réel?
Restent les mythologies et religions. Mircéa Eliade, Henry Corbin, Gilles Durant depuis longtemps affirment la cohérence profonde qui unit les camps du Sacré. Quel est l'agent responsable de cette unité? C'est cette enquête-là que présente la Face cachée du Cerveau. Son auteur conceptualise, dans un langage moderne, accordé au savoir objectif, les valeurs que défendent toutes les traditions du monde. Quarante années ont été nécessaires à cette investigation que Dominique Aubier a menée avec rigueur intellectuelle. Il en résulte un ouvrage faisant autorité, bien que peu de critiques en aient affronté les mérites. Ce texte met à jour le Code cortical, révélant la puissance qu'il a d'être, en milieu sacré, le Code des archétypes du réel.
Dominique Aubier part de Don Quichotte (cf. FCE no 99/6), traité initiatique déguisé en roman burlesque. Elle présente les visions du grand Soufi Ibn'Arabî, qu'elle libère de l'hermétisme linguistique médiéval. Elle étudie aussi bien le livre des Demeures de Sainte Thérèse d'Avila qu'elle rapproche du Traité des Palais (le Zohar) de Moïse de Léon. Elle apporte l’explication systémique de la leçon du sorcier Amérindien Juan Matus, rendu célèbre sous la plume de Carlos Castaneda (cf. FCE no 101/6). Sans oublier les Dogons ou la tradition du Tch'an et du Zen (cf. FCE no 100/7), Dominique Aubier démontre que ce motif est universel. Il apparaît que c'est sur le modèle d'une structure corticale que s'expliquent les rites et traditions. D'où, l'exploration méthodique du cortex humain qui restitue l'image de la structure d'absolu.
La Face cachée du Cerveau, ouvrage d'une extraordinaire précision de la pensée, rédigé dans un style flamboyant, apporte la synthèse conciliant la diversité des croyances.
N.B.: Dominique Aubier est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages, dont La Synthèse des Sciences qui lui valut d'être proposée à deux reprises pour un Nobel.
Dominique ROTH
le destin d'une jeune Autrichienne après l'Anschluss
Le livre de Ruth Klüger intitulé Weiter leben en allemand (Continuer à vivre) et Refus de témoigner dans sa version française a le même sous-titre dans les deux éditions Une jeunesse Eine Jugend. Il a été publié en 1992 par Wallenstein Verlag à Göttingen et, en France, par les éditions Viviane Hamy en 1997.
L'auteur, une Américaine d'origine autrichienne,
appartenait à la bonne bourgeoisie juive de Vienne, où elle
est née en 1931. Dans cet ouvrage, elle décrit son enfance
dans la capitale d'un pays annexé au Reich nazi. A sept ans, elle
n'avait plus le droit de s'asseoir sur les bancs des parcs publics. A onze
ans, elle est enfermée avec sa mère à Terezin
(Theresienstadt), qui, ironie du sort, est une ville-forteresse, créée
en Bohème par Joseph II, en son temps émancipateur les Juifs
de son empire. Cette forteresse - prison fut transformée en ghetto
et devint l'étable de l'abattoir (Theresienstadt... war der Stall,
der zum Schlachthof gehört).
En 1944, la mère et la fille sont déportées
à Auschwitz-Birkenau, où la vie, le soleil c'est fini. Et
le feu brûle dans la cheminée. Auschwitz est entre ses mains.
Tout, tout sera brûlé (Un es lodert der Kamin. Auschwitz liegt
in seiner Hand. Alles, alles wird verbrannt).
Elle survit à une sélection en se vieillissant de trois ans grâce à l'aide d'une détenue courageuse. Elle est envoyée avec sa mère dans le camp de travail de Christianstadt, annexe du camp de concentration de Gross-Rosen. Là, les deux femmes sont contraintes d'accomplir des tâches pénibles normalement réservées à des hommes.
Après l'évacuation du camp au début
de l'année 1945, elle réussit à s'échapper
avec sa mère et une autre jeune détenue, lors d'une halte
dans un village. Un pasteur protestant leur fournit de faux papiers. Sous
les bombardements aériens, elles parviennent en Bavière.
Après le mois de mai 1945, la mère de Ruth trouve un emploi
auprès des Américains, puis travaille pour l'UNRRA (United
Nations Relief and Rehabilitation Agency).
En 1947, les deux femmes émigrent aux Etats-Unis.
Elles connaissent alors à New York la vie difficile des immigrés:
apprentissage de l'anglais d'Amérique; incompréhension de
la parenté et des Américains en général. Ruth
Klüger fait des études universitaires, devient bibliothécaire,
puis finit par enseigner la littérature allemande dans diverses
universités américaines. Ayant ainsi retrouvé sa langue,
elle écrit en allemand Weiter leben et le publie en Allemagne.
Récemment, une polémique s'est développée en Allemagne sur la question de savoir s'il fallait mettre un terme à ce sentiment de culpabilité, cesser de se sentir éternellement responsables des crimes du Troisième Reich et par conséquent éviter d'évoquer ce passé maudit. Pour ma part, je ne le pense pas et j'estime qu'il est indispensable de poursuivre sans relâche le travail de mémoire, surtout pour les jeunes générations, car la bête immonde est toujours prête à se réveiller. A cet égard, Ruth Klüger a su aller au delà d'un livre purement autobiographique. Elle nous fait intimement sentir les problèmes jamais résolus et les blessures jamais cicatrisées que de telles épreuves ont laissés en elle.
JÉROBOAM
De cette guerre, l’opinion publique retient ces images écœurantes de réfugiés albanais, obligés de fuir leur province par centaines de milliers, avec, à la bouche, les mêmes récits d’horreur. Ensuite, ces innombrables bavures de l’OTAN causant la mort de tant de civils serbes et … albanais.
Mais au-delà des premières émotions, il faut s’interroger sur les autres dommages « collatéraux », ceux qui risquent de peser à terme: le Kosovo « protégé » vidé de son sang, la marginalisation de l’ONU et de l’OSCE, la fragilisation de l’opposition démocratique en Serbie, l’humiliation de la Russie, la contamination de toute une région par des munitions à uranium appauvri.
Cette nouvelle guerre dans les Balkans appelle un premier bilan. Quelle est la responsabilité historique des Serbes? A-t-on vraiment cherché la paix à Rambouillet? Que penser de la nébuleuse UCK? Les véritables objectifs de l’Alliance atlantique, et donc de Washington? Y a-t-il risque d’embrasement de la région ? Quels enseignements militaires et quelles leçons pour la sécurité européenne? Autant de questions auxquelles cet ouvrage répond sans ambages, mais avec le souci de la nuance.
Ont contribué à cet ouvrage : Bernard Adam (dir.), Nina
Bachkatov, Georges Berghezan, général Briquemont, Olivier
Corten, Pierre d’Argent, Barbara Delcourt, Vojin Dimitrijevic, André
Dumoulin, Pierre Harmel, Catherine Lutard, Luc Mampaey, Jean-Paul Marthoz,
Marc Schmitz et Sevdi Zymberaj.