10 ans après l’assassinat de Gabriel MAIRE

La vérité est toujours en marche

Daiz de LIMA et Philippe LAURENT font le point sur la procédure pénale en cours au Brésil dans l’affaire Gabriel MAIRE, le prêtre français, ami et correspondant FCE, assassiné le 20 décembre 1989 à Vitoria à l’âge de 53 ans (cf. FCE no 60 entièrement consacré à Gaby).

Rappel des faits
L’assassinat de Gaby, qui présente toutes les caractéristiques d'un meurtre commandé, preuves et témoignages à l'appui, a été déguisé en un "vol à main armée suivi de la mort de la victime", qui se serait déroulé dans un autre lieu. L'enquête et le procès se sont limités à cette seconde version.
Le procès (n° 952/90 -octobre 1991) a conduit à la condamnation des assas-sins, sans que la réalité des faits ait été reconnue, ni les commanditaires inquiétés.

Le Mandat de Sécurité
Devant cette situation, Maître EWERTON, au nom de la famille Maire, a déposé une demande de Mandat de Sécurité (recours possible lorsque l'une des parties estime que ses droits n'ont pas été respectés au cours d'une procédure) en septembre 1991. Le but de ce recours serait de reprendre la procédure au début, en requalifiant le crime au vu des preuves et témoignages, afin de saisir un Tribunal populaire, au lieu d'un seul juge ordinaire. La demande est jugée recevable et donne lieu en octobre 1991 à une mesure de suspension du procès 952/90 jusqu'au jugement du Mandat.

Depuis cette date
On assiste à une bataille de procédure menée par Me EWERTON pour éviter que le Mandat de Sécurité soit jugé dans une situation illégale ou défavorable (par des substituts nommés de façon anti-constitutionnelle, des juges ou rapporteurs sujets à suspicion, ayant participé à l'instruction du procès principal, ou ayant des liens familiaux ou des affinités avec des juges suspects, etc...)
Huit ans après, le Mandat de Sécurité n'a pas encore fait l'objet d'un jugement...

En parallèle
Divers recours ou réclamations ont été déposés, dans le cadre des deux procédures (952/90 et Mandat), parmi lesquels une demande de saisie du Tribunal populaire pour décider de la nature du crime.

La Scuderie Detetive Le Cocq
Des hommes d'affaires et des politiciens pour lesquels l'action sociale de Gaby était gênante, les premiers policiers sur le lieu de découverte de son corps, ceux qui ont mené l'enquête policière, l'avocat des accusés (disparu depuis 1992), étaient ou sont encore membres d'une association à façade de cercle philanthropique, la Scuderie Detetive Le Cocq, au fonctionnement mafieux et qui fait l'objet depuis 1996 d'une procédure en vue de sa dissolution. Le cas MAIRE fait donc partie des méfaits de cette association de malfaiteurs, mais, du fait sans doute du blocage des procédures, il apparaît peu dans les actes de l'instruction concernant la SDLC.

(source: Echos de Vitoria no 52)

Rappelons-nous (Editorial de 1978)

PRENONS LA PAROLE...
TOUS... PARTOUT

« CEUX QUI SAVENT»... ET LES AUTRES

- «Tais-toi, va t'amuser! Ne te mêle pas des discussions des grandes personnes!»
- «Tais-toi, tu es à l'école pour apprendre. Tu parleras plus tard.»
- «Tu es trop jeune pour parler politique: écoute donc ton père!»
- «Vous êtes au travail pour travailler. Pas pour penser.»
- «Taisez-vous ! Vous avez voté, faites confiance aux élus.»

Depuis l'âge où l'on joue aux billes jusqu'à celui où l'on ne marche plus sans canne, la majorité des humains se voit imposer le silence, l’obéissance muette, la confiance aveugle. Partout. TOUT EST PENSÉ ET ORGANISÉ POUR QU'IL EN SOIT AINSI. Pouvons-nous même encore nous en rendre compte ? Et en être choqués ? Il y a  «ceux qui savent »... et les autres.

DEFENDRE LE DROIT D'EXPRESSION PARTOUT

« N'exagérez pas, nous dit-on. Chez nous, on peut encore parler ». Et les uns de nous citer l'URSS, les autres le Chili. Comme s'il fallait être menacé de l'hôpital psychiatrique ou du camp de concentration pour commencer à défendre le droit d'expression!... Même en France, exprimer ce qu'on pense, individuellement ou au sein d'une ` organisation syndicale ou politique, entraîne souvent sanction, menace, ou licenciement. Atteintes moins graves que là où elles s'accompagnent de violences physiques, de torture. Mais c'est du même ordre. CHEZ NOUS, des opposants à l'actuelle politique de militarisation sont en prison, ou sont privés de leurs droits civiques, perdant le droit de voter ou d'exercer dans la fonction publique: LES DROITS DE L'HOMME SONT BAFOUÉS.
Pour défendre les victimes des pouvoirs totalitaires, participons à l'action d'AMNESTY INTERNATIONAL. Mais ne soyons pas hypocrites: luttons pour la liberté d'expression dans notre propre pays, sur nos lieux de travail, jusque dans notre maison. TOUT SE TIENT.

«QUELLES AUTRES MANIERES, MONSIEUR LE PRESIDENT?»

A un non-violent condamné pour avoir renvoyé son livret militaire, le président d'une cour d'appel fait remarquer: «Il y a d'autres manières d'exprimer son opinion que de commettre une infraction».
« Quelles autres manières, M. le Président?»
- LA GREVE ? - «Vous détruisez l'économie du pays », dit-on.
- LE VOTE ? - En indiquant « LE » bon choix pour la France, le Président de la République ne sousentend-il pas que les partisans d'un autre choix sont ou inconscients ou mauvais citoyens ?
- LES MANIFESTATIONS? - Même quand elles sont résolument pacifiques, les participants sont repérés, catalogués comme «braillards» et «professionnels de la contestation».
- DIRE OUVERTEMENT CE QUE L'ON PENSE ? Mais on vous reproche - sanctions et menaces à l'appui «d'entraver le bon fonctionnement de l'établissement»!
- Alors, se résigner, se taire, devenir complice? S'évader, chacun dans sa drogue, qu'elle s'appelle haschich, télé ou tiercé ? Ou REAGIR? Certains sont las devant le peu d'effets produits par les moyens habituels d'expression: concertation, pétitions, manifestations, actions syndicales, politiques... Ils choisissent la violence. PAR DESESPOIR. Nous avons le droit de condamner les attentats, les prises d'otages, etc... Sl NOUS NOUS OPPOSONS, PARTOUT, à TOUTES LES MANIFESTATIONS D'ABUS DE POUVOIR.

LA DEMOCRATIE TOUJOURS A INVENTER

Dès qu'ils sont choisis comme présidents de la moindre petite association, élus au plus minable strapontin, certains se considèrent comme infaillibles. Bannissons le temps des « notables ». Pourquoi réduire au silence l'O.S. ou le jeune qui ne savent pas « mettre les formes » pour parler, pour n'écouter que celui qui a eu la chance d'apprendre à s'exprimer ?
Nous allons élire des députés. Quelle que soit la valeur de l'homme élu, il n'est qu'un «représentant», un homme comme les autres. VOUS N'AVEZ PAS FAIT TOUT VOTRE DEVOIR LORSQUE VOUS AVEZ VOTE.
LES ELECTIONS SONT UN MOYEN DEMOCRATIQUE, MAIS LA DEMOCRATIE NE SE REDUIT PAS AUX ELECTIONS.
La démocratie - « gouvernement où le peuple exerce la souveraineté» (Larousse) - n'existe jamais parfaitement, elle est toujours à inventer. On s'en approchera davantage si CHACUN DE NOUS, PARTOUT, accepte d'exercer son droit à la parole, et s'efforce de faire respecter le droit à la parole DE TOUS.

G. M., 14 janvier 1978, Editorial de Peuples Unis no 6
FCE no 102

Page d'accueil