Inauguration du Complexe
de méditation Intergalactique
du TRAMSSCHAPP en 2066
(suite, VI)
L’apparente stabilité qui régnait au sein de la FEOC avait été obtenue grâce à la mise en place d’une surveillance rigoureuse des frontières de cette fédération. Elle était assurée par un triple barrage infranchissable pour les ressortissants des autres parties du monde non munis des puces biologiques servant de laissez-passer infalsifiables et correspondant chacune à un seul et unique individu. En réalité, Arthur, qui était un agent chargé de la protection des frontières, avait participé à la mise au point du nouveau barrage filtrant de la FEOC. Ne le franchissaient que les personnes agréées par les autorités européennes ou les agences de recrutement du personnel indispensable à la survie de l’Europe. Ces mesures draconiennes n’avaient pas été acceptées de gaieté de cœur par le Conseil de sauvegarde de la démocratie. Cela allait contre les principes humanitaires qui survivaient encore. Pour les respecter malgré tout un tant soit peu, on créa une zone d’accueil grande comme trois fois l’ancien Grand-Duché de Luxembourg. Cette zone fut installée sur une vaste île artificielle située en Mer du nord, non loin de Helgoland.
Les personnes y étaient fort bien traitées et recevaient, en trois jours au minimum, notification de l’acceptation ou du rejet de leur demande d’entrée dans la fédération. On faisait tout pour réunir les familles et enseigner le français, l’allemand ou l’anglais qui étaient les langues les plus couramment utilisées grâce aux inducteurs, systèmes d’apprentissage accéléré en 48 heures des rudiments essentiels d’une langue.
Arthur ne parlait jamais de son travail pour l’Agence européenne d’accueil et de formation des migrants. Il réservait le plus de temps possible à ses amis et à ses passe-temps. Il avait appris par la chronique historique de l’EUE (Encyclopédie Universelle Entoilée) les grosses difficultés qu’avaient connues les Etats membres de la première Union européenne (l’affaire du centre de Sangatte, près de Calais, était retracée par nombre de reportages vidéo de l’époque et articles des anciens quotidiens français sur papier Le Monde ou Libération); on n’y oubliait pas non plus l’ex-Grand-Duché de Luxembourg et ses scandaleuses expulsions de réfugiés du début du XXIème siècle alors que les gazettes d’alors annonçaient bravement une population de 700 000 habitants dans un avenir proche. Ce chiffre est d’ailleurs contredit par celui révélé par le comptage quotidien des êtres humains vivant en 2066 dans les limites de l’ancien état grand-ducal et qui oscille en fait entre 100 000 et 120 000 selon les moments de l’année. De nombreux méridionaux et Africains recherchent la fraîcheur humide proverbiale de l’Ardenne luxembourgeoise (Eislek) au printemps et en été et s’y installent pendant trois à quatre mois pour y travailler et y prendre quelques semaines de répit. Tout trafic autre que celui des trottinettes et planches à voile ou pédalocycles à inertie y est strictement interdit.
Arthur grignotait pensivement une cerise sans noyau qui
surmontait l’un des croquants. Il savait qu’il devait quitter dans quelques
heures son lieu de vie pour se rendre en personne dans l’île de la
Solidarité qui accueillait les personnes en transit vers la FEOC.
On venait de se rendre compte que des infiltrations de personnes indésirables
munies de puces contrefaites par la mafia cosmopolite du Poitou-Charente
s’y produisaient.
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Poésie-Littérature
FCE no 108
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