Courrier / Echos autour de la guerre en Irak

Intéressant ...

(à propos du droit mondial et de la remise en question du rôle de l’ONU (cf. suppléments sur papier, no 108)

Mais dire que l'O.N.U. n'a pas réussi dans sa mission pacifique me paraît curieux car qui pourrait dire ce qu'il serait advenu sans elle depuis sa création ?
Son principal avantage est effectivement son rôle de forum des nations. Le fait que toutes les nations puissent avoir cet endroit pour aplanir leurs différents a permis je pense d'éviter bien des conflits.
Mais comme on a pu le voir avec la guerre Etats-Unis/Irak cela ne suffit pas pour maintenir la Paix puisqu’un pays extrêmement puissant militairement (les Etats-Unis) n'a pu être arrêté dans son désir d'en écraser un autre plus faible, malgré une très large majorité de pays opposés a ce conflit.
Pour que le système fonctionne, il faut donc au moins deux choses :
- un forum des nations (l'O.N.U.)
- un équilibre militaire entre plusieurs puissances (ce que nous n'avons plus depuis la chute de l'URSS).
L'O.N.U. doit donc être maintenu (avec quelques aménagements). Et le monde doit devenir multipolaire: une fédération européenne puissante, une fédération arabe, une fédération africaine, ... afin d'établir un équilibre planétaire.
Un gouvernement mondial, aurait-il changé quelque chose dans le conflit Etats-Unis/Irak ? Je ne le pense pas.
Un parlement mondial démocratique aurait sans doute reflété l'opinion mondiale en étant opposé a ce conflit. Ce qui n'aurait pas empêché les "faucons" du gouvernement des Etats-Unis d'attaquer l'Irak.
D'autre part, le jour où il y aura une fédération mondiale, on aura certes moins de risque de guerres internationales, mais on n'aura pas forcément résolu tous nos problèmes en effet il pourra toujours y avoir des guerres civiles (cf. guerre de Sécession aux Etats-Unis, guerres de Yougoslavie, guerre russo-tchétchène, ...).
Que peut-on faire… nous Européens? Soutenir l'O.N.U. en tant qu'organisation internationale. Soutenir la construction d'une fédération européenne capable de faire jeu égal avec les Etats-Unis, pour assurer notre indépendance et rééquilibrer le monde.
C'est du moins mon avis personnel. Amicalement.

JC

L’O.N.U. et ses contradictions

(…) L'O.N.U. n'est autre chose qu'un forum composé de [191] émissaires des États membres, c'est-à-dire de représentants des [191] entités souveraines qui oppriment les peuples du monde. L'ONU est précisément tout le contraire d'une organisation démocratique mondiale. Bien entendu, la plupart des organisations internationales qu'elle chapeaute peuvent être conservées, mais au prix de transformations profondes de haut en bas (les instances dirigeantes devant être composées exclusivement de fonctionnaires mondiaux). La fonction exécutive mondiale ne doit plus être au service des États, mais devenir un instrument au service du Parlement Mondial et d'un pouvoir judiciaire mondial (semblable à ceux que j'ai décrits dans mon livre L'Émergence du Droit Mondial (Club Humaniste, Paris, 1993). Mais la tâche de définir précisément la fonction exécutive mondiale doit être laissée à la future Assemblée constituante mondiale.

Jean-Marie Breton


LA MONDIALISATION  DE LA PAIX

Le bulletin mensuel La Lucarne (11 rue de Monnel, B-7500 TOURNAI) a consacré son numéro d'avril à l’essor d’une nouvelle puissance planétaire: l'opinion publique mondiale qui s’est manifestée le 15 février 2003 aux quatre coins du monde pour dire NON à la façon unilatérale des « faucons » de Washington d’entrer en guerre contre le régime irakien.

"L’'Europe se doit de travailler à renforcer  l'O.N.U." conclue La Lucarne dans ce contexte. Aux questions soulevées sur le rôle de l’O.N.U., l’ancien éditeur responsable de La Lucarne fait suite dans ces termes:

« Vous avez sans doute raison pour l'avenir. Mais dans le concret actuellement, ne faut-il pas soutenir l'O.N.U.? Le Conseil de Sécurité a tout  de même dans le conflit de l'Irak était le lieu où les Etats-Unis  ont été mis en  question. C'est peu - ils ont passé outre - mais c'est beaucoup dans le  contexte actuel.  Des pays ont affirmé leur indépendance vis-à-vis des Etats-Unis. Il faut en politique des petits pas pour affirmer que ce n'est pas la meilleure solution. Si l'on attend ce que vous proposez le monde n'ira pas mieux pour cela. »

Michel Papeleux (9 avril 2003)


Manifestations: expression de la tolérance préventive

[A propos de la guerre projetée contre l’IRAK et du danger intrinsèque de l’augmentation des actes de xénophobie et d'antisémitisme en France], j'entendais l'autre jour une analyse assez fine d'un auditeur de France Inter consacrée au poids des manifestations anti-guerre. Ce Monsieur disait en substance : "même s'il y a une guerre décidée avec le consentement de nos dirigeants, ces manifestations contre la guerre auront été importantes pour l'après-guerre en ce sens qu'elles mon-trent que les peu-ples d'Europe ont envie de continuer à vivre ensemble et avec leurs compo-santes, aux côtés des gens de toutes nationalités et confessions."

Il me semble en effet important de constater et d'affirmer que le déni de la démocratie induit par l'absence de recours au référendum sur cette question n'entame pas pour autant la réaction de l'opinion publique, laquelle peut peser sur le cours des événements futurs, même si elle n'a jamais historiquement évité les guerres et les crimes collectifs.

En bons fédéralistes, souvenons-nous toujours de la vision pacifique (je dis pacifique et non paci-FISTE, pour bien nuancer mon propos) des pères de l'Europe, qui est une option de principe, à la recherche constante de la stabilité, et non pas un recours systématique au "NON à la GUERRE" en toute circonstance. En l'occurrence, pour le temps présent, cette vision fait dire à beaucoup de nos concitoyens d'Europe et aussi des Etats Unis d'Amérique, que cette guerre en Irak, voulue par l'administration Bush, n'est pas justifiée. Cette option est tout à fait respectable.

                      Laurent Watrin (18 février 2003/ l.watrin@voila.fr)



Mythe et mondialisme

(…) Si l’homme est effectivement le seul animal politique qui peut modifier les règles du jeu social, si l’histoire des rapports sociaux nous montre clairement cette capacité de changement, alors l'humanité est maintenant arrivée à un stade de son évolution où la régulation politique passe nécessairement par la création d'institutions mondiales pour surmonter les crises majeures d'aujourd'hui et de demain. Crises qui dépassent largement les compétences des Etats-nations…

Or, si par le passé la foi religieuse a été le ciment de l'unité politique, aujourd'hui aucune légitimité politique moderne ne peut plus être mythique ou idéologique mais doit s'appuyer sur des fondements démocratiques. II nous faut donc une organisation démocratique du monde (fédérale) avec des institutions contrôlées par des représentants des peuples élus au suffrage universel dans des élections transnationales.
 
Le rôle et le pouvoir du politique doivent donc se limiter à l’arbitrage des conflits qui mettent en jeux des intérêts partisans (ou particuliers) et ceux de notre humanité et de notre planète. Ainsi sera préservé le droit et la liberté de chaque peuple à disposer de son type de société, de son mode de développement, de ses valeurs culturelles, de ses croyances religieuses et mythiques. Ainsi sera préservé l’Histoire de chaque peuple.

Ce fondement de la légitimité politique moderne n'en reste pas moins dépendant d'une volonté commune des peuples de notre planète. Or, cette volonté passe nécessairement par le stade de l’imaginaire social. Elle dépend donc de notre capacité à inventer et à organiser de nouvelles structures démocratiques mondiales (exemple du Congrès des peuples). Bien sûr, ces institutions ne seront jamais parfaites ni même définitives. II nous faudra sans cesse les améliorer. Elles seront remises en question, leurs lois et leurs pouvoirs seront contestés et transgressés... Toutes les grandes conquêtes de l'humanité sont passées par ce stade de l’innovation, de l’invention, de l’utopie créatrice...

Doit-on voir dans cette volonté la création de nouvelles idéologies ou de nouveaux mythes fondateurs ou eschatologiques : Le mondialisme... ou sinon la fin du monde ?

La démocratie pour tous... ou sinon la disparition de l’humanité ?

Nous n'avons pas la prétention de détenir le monopole de la Vérité ou la Science infuse et ne souhaitons pas ce scénario. Même si l’avenir peut paraître bien sombre aux vues de certaines réalités présentes, il serait complètement absurde d’en arriver à ce dilemme alors que nous avons les moyens de l’éviter. Les idéaux des mondialistes ne sont pas des idéologies. Les citoyens du monde ne veulent pas imposer par la force leurs convictions, ni leurs points de vue ni leurs projets. Ils désirent que l’humanité se donne les moyens institutionnels d’un monde plus juste, plus équitable et agisse dans ce sens. Leurs propositions clairement définies doivent faire l’objet de réflexions et de débats les plus nombreux et les plus larges possibles afin d’écarter les malentendus ou les sous-entendus, les a priori ou les idées reçues qui sont le propre des idéologies rampantes d’aujourd’hui… Car les mythes qui ont une fonction sociale aujourd’hui sont les idéologies qui mystifient l’opinion en détournant les valeurs humaines et l’humanisme le plus noble et le plus respectueux à des fins mercantiles…

Thierry Toulon
(cf. article dans Citoyens du Monde, trimestriel no 133)

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FCE no 109
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