De la diplomatie préventive à la véritable prévention
(...) L'ONU n est pas capable de faire de la prévention: elle n'est pas équipée pour cela. Elle ne dispose pas d'un Institut de prévention qui aurait pour mission d'analyser les situations avant qu'elles ne deviennent conflictuelles. Elle n'a pas non plus de départements géographiques qui pourraient jouer ce rôle. Elle n'est pas dotée des moyens de rassemblement des informations nécessaires. Le Conseil de sécurité ne peut définir aucune stratégie de prévention. Son élargissement, dont on discute depuis bientôt cinq ans, et qui n'a que très peu de chances d'aboutir, ne lui fournirait de toute manière pas ces moyens. Il ne dispose surtout pas de la capacité de mobiliser les ressources financières et humaines indispensables pour faire face aux crises de sécurité (comme le FMI peut le faire pour les crises financières). Or aucune réforme sérieuse de l'ONU n'est possible aujourd'hui. La Charte prévoit pour une réforme de ce genre, dans ses articles 108 et 109, une procédure trop rigide qui ne permettra pas d'aboutir à une décision. Et l'attitude des Etats-Unis à l'égard de cette institution ne lui permet évidemment pas de jouer un rôle politique d'une quelconque importance.
Si l'on souhaite que la prévention des conflits internes soit un jour prise au sérieux, il est donc indispensable de songer à une autre solution, à une autre construction institutionnelle susceptible d'être considérée comme rationnelle et possible par l'opinion publique et par les gouvernements des grandes puissances. La société civile peut en ce domaine jouer un rôle fondamental. Les organisations humanitaires par exemple se posent aujourd'hui de nombreuses questions, parce qu'elles ont constaté qu'elles avaient été flouées, manipulées dans les conflits dans lesquels elles sont intervenues. Tous les défenseurs des droits de l'homme, tous ceux qui pensent que le système de sécurité mondial doit être amélioré, que la paix ne doit pas être réservée aux pays riches, devraient aussi orienter leurs réflexions sur le problème de l'édification d'institutions mondiales (et régionales) dignes de ce nom. Une réponse politique au phénomène de mondialisation est devenue indispensable. Même si le climat politique aujourd'hui ne se prête pas à son élaboration prochaine, il n'est pas inutile d'évoquer les petits pas qui pourraient être faits dans cette direction...
(Maurice BERTRAND, extrait d’une intervention le 15 mars 1997 au cours de la seconde Journée d’Etudes organisées par la revue DAMOCLES, 187 montée de Choulans, F-69005 LYON)
La souveraineté de l’Etat
contre la sécurité
des peuples
(...) Avec la mondialisation de l’information, des finances et de l’économie, suite à l’arrivée des nouvelles technologies, l’indépendance des Nations relève maintenant plus du mythe que de la réalité. La marge de manoeuvre des gouvernements se réduit de plus en plus. La conception de la démocratie basée sur la souveraineté et l’indivisibilité de l’Etat devrait être corrigée dans la mesure où cette conception contrecarre le principe de subsidiarité, qui veut que les centres de décision soient aussi proches que possible des administrés.
Autrefois la sécurité des citoyens pouvait à la rigueur se confondre avec la défense du territoire national et la sûreté de l’Etat dont ils étaient ressortissants. Mais aujourd’hui, suite à la formidable avancée des techniques de communications, ce dogme n’est plus valable: les habitants de la planète, qu’ils le veuillent ou non, sont soumis à une solidarité de fait et les Etats sont de plus en plus interdépendants...
(Marcel GUERIN,
extrait d’intervention à la journée d’étude désignée
ci-dessus)