CIMES 1952-2002

 
 

Le monde merveilleux des chasseurs de sons


La journaliste Clémence Sauzay, dans son article ‘Les Capteurs de l’Ineffable’ (Figaro du 18/08/2000), donne des chasseurs de sons (hommes et femmes!) la description pittoresque qui suit:
 

« Ce sont des doux, des pacifistes. Des êtres sensibles. Le monde n’en finit pas de résonner à leurs oreilles attentives. Ils sont à l’écoute et leur capacité d’émerveillement est inépuisable. Comme les chasseurs, dont ils portent fièrement le nom, ils se fondent dans les paysages. On ne les remarque pas. Mais eux remarquent tout. Ils ne portent aucune arme. Tout juste leurs épaules ploient-elles parfois sous le poids du mythique ‘Nagra’, ou bien portent-ils, imperceptibles aux yeux du profane, de petits appareils sophistiqués et ultrasensibles. Ce sont des chasseurs, oui. Mais des chasseurs de sons…
 

Existe-t-il plus belle expression dans la langue française pour ces hommes et ces femmes qui captent pour nous ces épiphanies sonores qui restituent, de manière le plus souvent bouleversante, la vérité d’un instant? Humeurs et rumeurs du monde.
 

Le doux gargouillis d'une source, le fracas du tonnerre, le crissement des pneus des champions cyclistes en plein effort, le frôlement d'ailes de libellules, le feulement d'un fauve, le doux babil d'un colloque de batraciens, entre chien et loup, au bord d'une mare; les stridents sifflements des obus, le grondement d'un océan déchaîné, tous les sons de la planète, ces chasseurs-là les connaissent et en ont fait la cueillette. Parfois ce sont des voix qu'ils saisissent. Ondes d'une foule en colère, éclats des applaudissements, ou précieuses paroles qui témoignent de la vie quotidienne ou d'un événement exceptionnel. Ces chasseurs-là sont autant poètes qu'archivistes. Ils racontent des histoires. Ils témoignent de l'Histoire. Ils sont professionnels. Et très souvent amateurs. »
 

C'est le 9 février 1948 que furent diffusés pour la première fois - par la RTF (France) -, des enregistrements d'amateurs, sur disque souple, dans l'émission qui s'intitulait alors "Place aux Particuliers", créée par Jean Thévenot, un pionnier de l'enregistrement. A l'époque déjà, avec les disques souples enregistrables "on grave à domicile..." (tout comme aujourd'hui avec l'ordinateur et le CD enregistrable).
 

A partir de 1952, chaque année, un grand concours réunit les chasseurs de sons au niveau européen – le CIMES (Concours International du Meilleur Enregistrement Sonore), organisé par la F.I.C.S. (Fédération Internationale des Chasseurs de Sons). La première édition révèle l'inventeur du magnétophone NAGRA déjà cité: l’étudiant de Lausanne, Stephan Kudelski, avec un enregistrement réalisé du haut des tours de Notre-Dame de Paris. L'essor du magnétophone autonome favorisera la collecte des témoignages pris sur le vif.
 

Autre anecdote sublime qui marque cette année 1952: une religieuse de Gand, en Belgique, envoie (sur bobine en fil d'acier) un enregistrement de son petit cousin qui s'amuse à écrire des chansons. Son nom: Jacques Brel.
 

Les amateurs utilisent le matériau sonore pour faire diffuser à la radio les enregistrements qui ne pourraient être réalisés par les professionnels (témoignages spontanés des rescapés du naufrage du Titanic, du garçon de café qui a servi Jean Jaurès juste avant son assassinat en 1914…). Certains d’entre eux créeront même leur maison de disques, comme Pierre Vérany (ARION).
 

Si le médium est le média, les amateurs ont (eu) recours successivement à tous les systèmes d'enregistrement, du disque souple au disque dur en passant par le fil, la bande papier, la bande magnétique, la cassette analogique, le D.A.T., le D.C.C., le minidisque, le cédérom, le CD audio et enfin l'envoi de fichiers sonores via Internet.
 

En 2002 - comme en 1952 - la lecture des listes de participation et des palmarès montre que la chasse aux sons n’est pas un domaine réservé aux hommes. Ainsi, une jeune fille de 9 ans (Marion Bernard) obtient le Prix France Info pour un travail sur « le respect » à l’école; le reportage sonore d’une dame de 81 ans (Heather Myers) sur un marché de fleurs représente la sélection britannique au CIMES. Aussi, cette année, ce fut les adieux et l’hommage rendu à Viviane Hertz de Belgique, pionnière engagée dans l’enregistrement des bruits de la nature.
 

Le CIMES 2002 (la 51ème édition) eut lieu dans la jolie petite ville de Baden-Baden, en novembre, et réunit environ 40 participants venus d’une dizaine de pays européens dont le Luxembourg, une première. La réception à la mairie, le premier soir, a été suivie par deux journées intenses de travail pour le jury qui, dans les locaux de la radio du Südwestrundfunk, avait à départager les 38 réalisations audio et les 19 travaux vidéo présentés par les différentes associations nationales.
 

Côté audio, la France, représentée par Dominique Calace de Ferluc, a obtenu un double succès grâce aux réalisations de Jean-Louis Dubois (« Amour sacré ») et de Boris Jollivet (« Le chant du lac »). Un second prix dans la catégorie du thème de l’année (« Est-ce que je me sens international ?») a été attribué à Joseph Peschon (photo), correspondant actif de la F.I.C.S. à la recherche d’autres amateurs des sons au Luxembourg, pour sa contribution « Offene Ohren für alle Kulturen » (Carnaval des Cultures).
 



Kurt Beuret de Bâle (Suisse) a remporté le premier prix vidéo pour son film consacré à la vie des hyppocampes (le classement détaillé des concours est en ligne sous: www.soundhunters.com).
Le CIMES 2002 s’est terminé sur le congrès annuel qui a confirmé la présidence de Milan Haering de Prague (vice-présidente: Helena Novakova). Un programme culturel d’encadrement captivant s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse et a permis notamment de rencontrer la pianiste Elena Kuschnerova, le compositeur (luxembourgeois) Jeannot Heinen, le fils de Yul Brynner, un descendant de la famille de Johann Strauss…

 

Il y a lieu de féliciter vivement l’équipe des organisateurs de la bonne réussite de ces journées enrichissantes: Paul-Heinz & Renate Rütterswörden, Werner, Martin & Ute Grabinger ainsi qu’Andreas Schmidt. Un diaporama de photos autour du CIMES et de la chasse aux sons peut être consulté sur Internet : www.listen.to/fce (rejoindre la liste de diffusion fceflash sous YAHOO!).
 

Le CIMES 2003 se déroulera à Paris, dans les locaux de Radio-France, du 6 au 10 novembre. Le thème de l’année (catégorie G) s’appelle: « L’Europe des Chasseurs de sons… ». AVIS AUX AMATEURS, hommes et femmes !!! Un appel spécial s’adresse aux résident-e-s du Luxembourg !
 

Les meilleures contributions annuelles du CIMES sont disponibles sur CD et les éditions 1991-2002 peuvent être commandées contre le paiement de 8.- € / pièce auprès du secrétaire général de la F.I.C.S., Helmut Weber (helmut.weber@swissonline.ch)
 

Contact à Luxembourg: Joseph Peschon, B.P. 208, L-2012 Luxembourg;

e-mail : fce@vo.lu  /  homepage : http://www2.vo.lu/homepages/fce ( « Flash Compact Editioun » ).
***
 
 

FCE-Accueil