Le monde merveilleux des chasseurs de sons
«
Ce sont des doux, des pacifistes. Des êtres sensibles. Le monde n’en
finit pas de résonner à leurs oreilles attentives. Ils sont
à l’écoute et leur capacité d’émerveillement
est inépuisable. Comme les chasseurs, dont ils portent fièrement
le nom, ils se fondent dans les paysages. On ne les remarque pas. Mais
eux remarquent tout. Ils ne portent aucune arme. Tout juste leurs épaules
ploient-elles parfois sous le poids du mythique ‘Nagra’, ou bien portent-ils,
imperceptibles aux yeux du profane, de petits appareils sophistiqués
et ultrasensibles. Ce sont des chasseurs, oui. Mais des chasseurs de sons…
Existe-t-il
plus belle expression dans la langue française pour ces hommes et
ces femmes qui captent pour nous ces épiphanies sonores qui restituent,
de manière le plus souvent bouleversante, la vérité
d’un instant? Humeurs et rumeurs du monde.
Le
doux gargouillis d'une source, le fracas du tonnerre, le crissement des
pneus des champions cyclistes en plein effort, le frôlement d'ailes
de libellules, le feulement d'un fauve, le doux babil d'un colloque de
batraciens, entre chien et loup, au bord d'une mare; les stridents sifflements
des obus, le grondement d'un océan déchaîné,
tous les sons de la planète, ces chasseurs-là les connaissent
et en ont fait la cueillette. Parfois ce sont des voix qu'ils saisissent.
Ondes d'une foule en colère, éclats des applaudissements,
ou précieuses paroles qui témoignent de la vie quotidienne
ou d'un événement exceptionnel. Ces chasseurs-là sont
autant poètes qu'archivistes. Ils racontent des histoires. Ils témoignent
de l'Histoire. Ils sont professionnels. Et très souvent amateurs.
»
C'est
le 9 février 1948 que furent diffusés pour la première
fois - par la RTF (France) -, des enregistrements d'amateurs, sur disque
souple, dans l'émission qui s'intitulait alors "Place aux Particuliers",
créée par Jean Thévenot, un pionnier de l'enregistrement.
A l'époque déjà, avec les disques souples enregistrables
"on grave à domicile..." (tout comme aujourd'hui avec l'ordinateur
et le CD enregistrable).
A
partir de 1952, chaque année, un grand concours réunit
les chasseurs de sons au niveau européen – le CIMES (Concours
International du Meilleur Enregistrement Sonore), organisé par
la F.I.C.S. (Fédération Internationale des Chasseurs de
Sons). La première édition révèle l'inventeur
du magnétophone NAGRA déjà cité: l’étudiant
de Lausanne, Stephan Kudelski, avec un enregistrement réalisé
du haut des tours de Notre-Dame de Paris. L'essor du magnétophone
autonome favorisera la collecte des témoignages pris sur le vif.
Autre
anecdote sublime qui marque cette année 1952: une religieuse de
Gand, en Belgique, envoie (sur bobine en fil d'acier) un enregistrement
de son petit cousin qui s'amuse à écrire des chansons. Son
nom: Jacques Brel.
Les
amateurs utilisent le matériau sonore pour faire diffuser à
la radio les enregistrements qui ne pourraient être réalisés
par les professionnels (témoignages spontanés des rescapés
du naufrage du Titanic, du garçon de café qui a servi Jean
Jaurès juste avant son assassinat en 1914…). Certains d’entre eux
créeront même leur maison de disques, comme Pierre Vérany
(ARION).
Si
le médium est le média, les amateurs ont (eu) recours successivement
à tous les systèmes d'enregistrement, du disque souple au
disque dur en passant par le fil, la bande papier, la bande magnétique,
la cassette analogique, le D.A.T., le D.C.C., le minidisque, le cédérom,
le CD audio et enfin l'envoi de fichiers sonores via Internet.
En
2002 - comme en 1952 - la lecture des listes de participation et des palmarès
montre que la chasse aux sons n’est pas un domaine réservé
aux hommes. Ainsi, une jeune fille de 9 ans (Marion Bernard) obtient le
Prix
France Info pour un travail sur « le respect » à
l’école; le reportage sonore d’une dame de 81 ans (Heather Myers)
sur un marché de fleurs représente la sélection britannique
au CIMES. Aussi, cette année, ce fut les adieux et l’hommage rendu
à Viviane Hertz de Belgique, pionnière engagée dans
l’enregistrement des bruits de la nature.
Le
CIMES
2002 (la 51ème édition) eut lieu dans la jolie
petite ville de Baden-Baden, en novembre, et réunit environ
40 participants venus d’une dizaine de pays européens dont le Luxembourg,
une première. La réception à la mairie, le premier
soir, a été suivie par deux journées intenses de travail
pour le jury qui, dans les locaux de la radio du Südwestrundfunk,
avait à départager les 38 réalisations audio et les
19 travaux vidéo présentés par les différentes
associations nationales.
Côté
audio,
la France, représentée par Dominique Calace de Ferluc, a
obtenu un double succès grâce aux réalisations de Jean-Louis
Dubois (« Amour sacré ») et de Boris Jollivet
(« Le chant du lac »). Un second prix dans la catégorie
du thème de l’année (« Est-ce que je me sens international
?») a été attribué à Joseph Peschon
(photo), correspondant actif de la F.I.C.S. à la recherche d’autres
amateurs des sons au Luxembourg, pour sa contribution «
Offene
Ohren für alle Kulturen » (Carnaval des Cultures).

Il
y a lieu de féliciter vivement l’équipe des organisateurs
de la bonne réussite de ces journées enrichissantes: Paul-Heinz
& Renate Rütterswörden, Werner, Martin & Ute Grabinger
ainsi qu’Andreas Schmidt. Un diaporama de photos autour du CIMES et de
la chasse aux sons peut être consulté sur Internet : www.listen.to/fce
(rejoindre
la liste de diffusion fceflash sous YAHOO!).
Le
CIMES
2003 se déroulera à Paris, dans les locaux de Radio-France,
du 6 au 10 novembre. Le thème de l’année (catégorie
G) s’appelle: « L’Europe des Chasseurs de sons… ». AVIS AUX
AMATEURS, hommes et femmes !!! Un appel spécial s’adresse aux résident-e-s
du Luxembourg !
Les
meilleures contributions annuelles du CIMES sont disponibles sur CD
et les éditions 1991-2002 peuvent être commandées contre
le paiement de 8.- € / pièce auprès du secrétaire
général de la F.I.C.S., Helmut Weber (helmut.weber@swissonline.ch)
Contact à Luxembourg: Joseph Peschon, B.P. 208, L-2012 Luxembourg;