Congrès de Séville


Déclaration des savants contre la violence

(traduit et adapté du russe par Georges KRASSOVSKY)

Il s'agit d'un document extrêmement important rédigé en commun par une vingtaine de savants - de nationalités et de disciplines différentes - réunis sous l'égide de l'UNESCO à Séville, au mois de mai 1986, à l'occasion de l'Année Mondiale de la Paix. Dans leur motion finale, ils démentent formellement le bien-fondé des prétendues "découvertes" en biologie, en neurophysiologie et en psychologie dont on se sert pour justifier la violence et la guerre. Ces falsifications ne datent pas d'hier. Ainsi, la théorie de l'évolution des espèces a été plus d'une fois utilisée pour justifier l'oppression des faibles, le colonialisme et même le génocide. Estimant que l'ensemble de ces affirmations pseudo- scientifiques crée une atmosphère de pessimisme et de méfiance, les biologistes et les psychologues réunis au Congrès de Séville ont procédé à leur remise en question qui se résume en cinq points. Selon eux:

1) Il est faux d'affirmer que nous avons hérité de nos lointains ancêtres une tendance à faire la guerre qui appartenait au règne animal. La lutte pour la vie ("struggle for life") est bien une réalité mais, à de très rares exceptions près, elle n'existe qu'entre les différentes espèces et, de toute façon, ne comporte dans aucun cas l'utilisation d'outils en guise d'armes. Dans leur recherche naturelle de la nourriture, les fauves n'agressent que les individus appartenant à d'autres espèces animales. La guerre est, selon toute évidence, un phénomène humain.

2) Il est faux d'affirmer que la guerre ou n'importe qu'elle autre manifestation de la violence est génétiquement programmée dans la nature humaine. Les gènes contiennent une multitude de possibilités potentielles mais qui ne peuvent être actualisées que par la relation avec le milieu écologique et social, notamment pour ce qui concerne l'éducation et les conditions de vie. A part certains cas nettement pathologiques, les gènes ne créent pas des individus prédisposés à la violence. On peut donc dire que, d'une façon générale, les gènes participent à l'élaboration de notre comportement mais ne le déterminent pas.

3) Il est faux d'affirmer que, dans le processus de l'évolution humaine, il y aurait eu une sélection en faveur des individus ayant un comportement agressif. Il a été, au contraire, constaté que la stabilité et la viabilité d'un groupe dépendent principalement de la prédisposition à la coopération et à l'entraide de ses membres. Quant à la "domination" de certains individus sur les autres, elle a pour fonction d'assurer la cohésion du groupe et ne saurait être réduite à la seule supériorité de la force physique.

4) Il est faux d'affirmer que "l'esprit humain est orienté vers la violence". Bien au contraire, si de par notre constitution nerveuse nous avons la possibilité d'accomplir des actes de violence, ce sont justement les centres nerveux supérieurs - siège de notre intelligence - qui nous permettent de contrôler et de maîtriser toutes les impulsions ayant un caractère d'agressivité. Dans notre neurophysiologie, il n'y a, par conséquent, rien qui puisse nous obliger à agir de façon violente.

5) Il est faux d'affirmer que les guerres sont générées par l'instinct. Leurs vraies causes sont plutôt d'ordre émotionnel pour les uns et un solide calcul d'intérêt pour les autres. Il est, par conséquent, abusif d'appeler "instinct" ce qui n'a rien à voir avec nos besoins naturels. La guerre moderne ayant pour base la manipulation des hommes, elle utilise leur naïveté, leur suggestibilité et leur idéalisme. La technologie de la guerre moderne a intensifié la propension à la violence, aussi bien par l'instruction militaire que par la préparation à la guerre de toute la population. En confondant cause et effet, on parvient à créer ainsi une véritable psychose qui rend la guerre possible et qui parfois y mène même d'une façon inéluctable.

En guise de résumé, il est permis de déduire de ce qui précède que ni la biologie, ni la psychologie ne condamnent l'humanité à la guerre et qu'il est grand temps de se libérer des conceptions pessimistes et erronées, fallacieusement présentées comme étant "scientifiques". Désormais c'est avec lucidité et détermination que nous devons entreprendre les transformations qui permettront l'instauration de la vraie Paix, la paix sans armes. Bien que ces problèmes soient essentiellement d'ordre institutionnel, leur solution repose également sur la conscience des individus qui estiment que le fait d'être pessimiste ou optimiste peut jouer, lui aussi, un rôle déterminant. De même que "les guerres commencent dans l'esprit des hommes", la paix peut y naître également. L'espèce qui a inventé la guerre est sûrement capable d'inventer aussi la paix. Chacun en porte sa part de responsabilité.

(source: revue PSYKHOLOGUITCHESKY JOURNAL, Tome 8 no 2)

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