TOUTES LES NATIONS
SONT DE PETITES NATIONS
par Harold S. BIDMEAD
Dans une ligue, comme l'ONU, l'indépendance des nations, quelle que soit leur taille, est protégée par un pacte verbal en vertu duquel les Etats renoncent solenellement à leur "droit" souverain d'attaquer leurs voisins, et prennent cependant soin de conserver toute leur puissance militaire.
Dans nos sociétés imparfaites, le respect des lois et de l'ordre public ne peut être garanti que par le gouvernement. De même, au niveau international, ce respect des lois et de l'ordre communautaires ne peut logiquement s'obtenir par aucune autre structure politique qu'un gouvernement international. Un gouvernement ne peut dépendre d'intermédiaires pour l'exécution de ses décisions et pour l'obtention des revenus qui lui sont nécessaires. Le Général Washington déclarait:"Influence is not government" (influencer n'est pas gouverner). Cette idée a germé et porté ses fruits à l'Assemblée Constituante de Philadelphie en 1787, lorsque les délégués décidèrent
"qu'aucun organe supranational ne peut exercer son autorité qu'à la condition qu'elle soit fondée sur le contraire du principe de la League of Friendship. Cet organe supranational doit être relié aux citoyens. Il ne doit avoir besoin d'aucune législation intermédiaire, mais doit lui-même avoir le pouvoir... d'exécuter ses propres résolutions. Il doit posséder les mêmes moyens et avoir le même droit que les gouvernements des Etats particuliers... pour exercer les pouvoirs qui lui sont confiés".
Alexander Hamilton, New York Packet, le 4 décembre 1787)
Une grande nation ne peut se bercer en sécurité que si les petites nations le sont. A mon avis, tout système de gouvernement interpopulaire devra veiller à ce que toutes ses composantes nationales soient considérées comme des minorités, de telle sorte qu'elles auraient tout intérêt à protéger les droits des minorités (qui figureront explicitement dans la Constitution). Il va de soi qu'un gouvernement interpopulaire démocratique doit davantage faire figure d'une Union des Peuples (Fédération) que d'une Ligue d'Etats (Confédération). Un gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple a moins de chance de sombrer dans l'anarchie qu’un système de gouvernement des Etats, par les Etats et pour les Etats. Si on demandait aux petites nations d'abandonner la règle "d'une voix par Etat" en faveur d'une formule ressemblant davantage à "une voix par citoyen", les grandes Puissances n'auraient plus dorénavant autant de pouvoir d'oppression. Les délégués à un parlement interpopulaire, étant élus directement et n'étant pas simplemnent les hommes-liges de leurs gouvernements momentanément au pouvoir, constitueraient des partis représentant des intérêts différents et ils seraient plus disposés à voter avec des homologues d'autres pays que de former des blocs nationaux. (Le Parlement européen est un exemple à ce titre).
Il est vrai qu'à certains égards le sentiment national pourrait être vif et les votes pourraient se grouper par nationalités - sans considérations de parti. Dans ce cas, il serait théoriquement possible que, par exemple, le cabinet fédéral décide que si une aggression était tentée contre la France, les Français seraient laissés sans aide jusqu'à ce qu'ils soient défaits. Mais il n'est pas concevable qu'une Fédération puisse être responsable d'une telle folie suicidaire, tandis que nous avons eu plusieurs exemples d'une folie semblable dans le cadre d'une Ligue. Il semble qu'aucune nation n'ait quelque chose à perdre en abandonnant le principe d'une Ligue pour le système de gouvernement.
La question capitale est de savoir si le droit à la pleine indépendance dans les affaires nationales est compatible avec un gouvernement interpopulaire. Je suis d'avis qu'il en est ainsi. Le défi à relever pour tout vrai patriote et démocrate n'est pas d'empêcher la formation d'un organe interpopulaire doté de pouvoirs gouvernementaux, mais de s'assurer qu'il ne sera pas autorisé à intervenir dans les affaires purement nationales. Une telle Union ne pourrait être composée que de peuples ayant suffisamment confiance les uns aux autres pour accepter une constitution démocratique. Les peuples démocratiques qui, de par leur nature, sont seuls capables de mettre en place un gouvernement interpopulaire authentique, se doivent, et doivent à ceux qui comptent sur eux pour les diriger, de faire les premiers pas vers une Fédération Démocratique des Peuples en vue de la paix mondiale permanente.
(texte revisé)
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