LA PAIX DES GOUVERNEMENTS ET LA PAIX DES HOMMES

par Harold S. BIDMEAD

"Les Nations Unies ne sont pas, et ne peuvent jamais devenir, un gouvernement mondial." (Boutros Boutros Ghali, San Francisco Examiner 27 juin 1995).

Un accord entre Gouvernements n'a jamais garanti et ne garantira jamais une paix permanente. Par ailleurs, dans un système de sécurité international fondé - comme l'ONU - sur la collaboration de puissances riches et orgueilleuses, la justice sera une valeur de deuxième ordre dont on ne se préoccupera qu'accidentellement et lorsqu'elle coïncidera avec les ambitions nationales. Or, les guerres trouvent souvent leur origine dans le fait que les hommes refusent de préserver la paix au prix de l'injustice.

Le souci de la justice oblige fréquemment à choisir entre deux causes justes. Or, la plupart des expédients auquels les hommes d'Etat sont forcés d'avoir recours dans leurs recherches de la sécurité mondiale poussent à choisir entre solutions fausses.

Essayer d'améliorer la charte des Nations "Unies" est une entreprise particulièrement vaine. Le monde est confronté à un dilemme: créer une organisation mondiale qui ne saurait être un gouvernement, ou créer un gouvernement international qui ne saurait - d'entrée - être mondial.

Le monde a certainement besoin d'une structure permettant de résoudre les problèmes internationaux sans violence ouverte, sans verser de sang. L'autre solution n'est en effet que le conflit sanglant.

Mais il sera aussi vain d'espérer la justice et la paix internationales d'un cartel de gouvernements souverains que de faire dépendre la paix et la sécurité intérieures de nos pays d'une assemblée de représentants des différents conseils municipaux, dont les décisions ne seraient mises en oeuvre qu'après ratification par tous les conseils municipaux, et alors même n'auraient d'effet direct que sur les autorités municipales et non sur les individus.

Une législation internationale ne peut avoir d'efficacité que si elle a une action directe sur l'individu. On ne peut pas prendre des mesures de police contre toute une nation. Le principe perverti d'une législation imposée à des Etats s'est révélé fallacieux. A travers l'histoire toutes les tentatives à imposer des décisions à des Etats ont divisé les nations, et mené ainsi à des guerres dont l'issue n'avait aucun rapport - sauf hasard - avec les mérites des partis et qui frappait plus durement les innocents que les coupables.

La faiblesse de la Charte des Nations "Unies" ne provient pas de défauts de détail, imputables à la faillibilité des jugements humains. Le principe fondamental lui-même est faux: il n'est pas possible de gouverner des gouvernements. Seuls les individus peuvent être gouvernés et d'eux seuls une autorité internationale voire mondiale peut valablement obtenir ses pouvoirs. Un tel organe, s'il est institué par des gouvernements, se révèle toujours en cas de crise incapable de faire face à ses devoirs, et s'expose aux reproches, parce que le pouvoir indispensable à l'accomplissement de ces devoirs se trouve en d'autres mains que les siennes.

Ce qu'exige la communauté mondiale est un parlement élu, dont les lois lieront les individus pour toutes les questions internationales, laissant aux divers législateurs nationaux les pleins pouvoirs dans leurs domaines particuliers. De cette façon seulement nous pouvons assurer à la fois la sécurité et l'indépendance des nations.

(version revisée, 1998)

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