Le Nouvel Humanisme

par Georges KRASSOVSKY


Georges KRASSOVSKY édite, entre autres et depuis longue date, un journal appelé «Le Nouvel Humanisme». Dans l’éditorial du no 62 il rappelle les raisons - toujours valables - du choix de ce titre.

Oui, pourquoi le nouvel humanisme? Quelles en sont les caractéristiques? En quoi se distingue-t-il de l’humanisme «à l’ancienne», de l’humanisme tout court? Ce sont là des questions que l’on me pose fréquemment au sujet du titre LE NOUVEL HUMANISME. J’y avais répondu d’avance dans l’éditorial du no 1, paru au mois de janvier 1980. Il est toutefois probable que la plupart des lecteurs d’aujourd’hui n’en ont pas connaissance. Je vais donc reproduire ici la partie de cet éditorial qui se rapporte justement au titre. Voici ce que j’écrivais à l’époque:

J’avais à choisir entre plusieurs titres possibles mais, finalement, il n’y en eut qu’un qui s’imposa à mon esprit d’une façon irréfutable: LE NOUVEL HUMANISME. Et ceci pour deux raisons. D’abord parce qu’il recèle pour moi toutes sortes de valeurs précieuses d’ordre moral que l’humanisme traditionnel a accumulé à travers les âges et ensuite parce que l’adjectif «nouveau» laisse le champ libre au développement et à la créativité. Un humanisme qui ne se renouvellerait pas de génération en génération trahirait son essence même. Le nôtre n’a nulle prétention d’être «définitif». Il ne fait qu’élargir le champ d’application de ses principes de base. Les Droits imprescriptibles de l’Homme, tels qu’ils ont été conçus en 1789, y sont complétés par les Droits nouveaux à un environnement sain, à la paix, à la satisfaction des besoins vitaux et à des conditions de vie décente pour tous. Une autre innovation consiste à étendre l’éthique humanitaire au monde animal. Le nouvel humanisme ne saurait plus se limiter à l’Homme, il devient «écologique» et englobe désormais le respect de la Nature et de la Vie sous toutes ses formes.

Cette définition du nouvel humanisme me parait toujours valable, mais je me dis maintenant qu'il est parfaitement concevable et même souhaitable que la façon de présenter l'humanisme se renouvelle, non seulement «de génération en génération», mais également au cours d'une vie d'homme. Et ceci, sans renier le passé mais en y ajoutant quelque chose de nouveau. Or, il se fait que j'ai effectivement quelque chose à ajouter à ce que j'écrivais il y a quinze ans. Et tout d'abord, j'ai envie de préciser qu'à mon avis - et aussi paradoxal que cela puisse paraître - la valeur suprême du nouvel humanisme ce n'est pas l'Homme (même si ce mot est écrit avec un H majuscule) mais l'individu concret, en chair et en os. Ce sont sa vie, son bien-être, sa dignité qui sont à préserver. Sa liberté aussi, bien entendu, dans la mesure où elle n'empiète pas sur celle des autres. Cet accord tacite de respect mutuel est l'essence même du nouvel humanisme. Cette prise de position résolument individualiste a pour corollaire que les entités à caractère «collectif» - clans, tribus, peuples, nations, Etats - n'ont, de ce fait, qu'une importance secondaire, leur principale raison d'être étant de servir les individus qui les composent et de contribuer à leur bien-être et à leur épanouissement. Or, la plupart du temps, c'est le contraire qui se produit, ce sont les individus qui sont astreints à servir la communauté et, parfois même, à se sacrifier pour elle. N'est-ce pas aberrant ? Le comble est qu'il se trouve encore des personnes, qui se disent pourtant «humanistes», qui acceptent sans sourciller cet état de choses et le trouvent même «normal»! Et c'est sans doute là qu'apparaît toute la différence entre l'humanisme de «papa» (ou plutôt de l'arrière-grand-père!) et celui qui commence à pointer de nos jours, le nouveau.

Il ressort de ce qui précède que, comparativement à l'ancien, le nouvel humanisme est en train de devenir plus radical, plus intransigeant et plus...humain!

Oui, plus humain, le mot humain étant pris ici dans son sens le plus noble, celui que lui confère la haute opinion que l'on est en droit d'avoir de ce que nous sommes. Dans l'optique du nouvel humanisme, l'être humain est un chef-d’oeuvre de la nature. Selon les calculs des savants, plus de 15 milliards d'années ont dû s'écouler depuis le big-bang pour que l'évolution aboutisse à ce qu'est potentiellement un être humain: une pure merveille d'intelligence, de gentillesse, de créativité!...

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