Rêve de militant (Archive)


"MOURIR" POUR UN AN

Sur le papier Georges KRASSOVSKY est un des correspondants les plus âgés des FCE, ce qui ne l'empêche pas de figurer en réalité parmi les plus actifs. Pour certains qui ont eu l'avantage de croiser sa route (à vélo s'entend) mais qui ne se rappellent pas son nom, il est devenu "ce cyclo-touriste pour la paix... qui s'est contenté de manger tout crus les légumes achetés à l'épicerie du coin". Chacun sait qu'il s'agit de Georges, l'inlassable pionnier de l'écologie en France, aux ancêtres russes répondant au nom de 'Krassovsky', connu surtout pour ses interminables randonnées cyclistes pour la paix le conduisant à travers toute l'Europe et jusqu'en Russie.

Et bien voilà: Georges, cet homme plein d'idées et d'énergie, a décidé de "mourir" pour un an. Non, soyez rassurés: il va bien, il est sain de corps et d'esprit; il n'est point fatigué ni dépressif. Dans une "dernière" lettre collective (Le Nouvel Humanisme, no 49, B.P.164, F-75664 PARIS CEDEX 14, cet "organe" de Georges ne meurt point!), il nous livre ses raisons profondes, avec beaucoup d'imagination, de sagesse et non sans humour:

"... Non, c'est autre chose et j'essaie de comprendre quoi, car mon "horreur" des discours n'explique pas tout. Il se pourrait que ce soit aussi tout simplement l'envie de vivre un peu 'pour mon bon plaisir'. Pourquoi pas, après tout? - Malgré les apparences, je n'ai jamais été un "possédé", un fanatique de l'action. Je peux très bien me passer de l'agitation qui en est inséparable. Bien au contraire, pour moi c'est quelque chose de délicieux de me réveiller le matin et de pouvoir me demander: "Qu'est-ce que je vais faire aujourd'hui?", c.à.d. sans être comme écrasé d'emblée par tous ces maudits "Il faut" (faire ceci ou cela, écrire, téléphoner, penser à..., etc.) que l'on va devoir traîner toute la journée comme des boulets attachés à vos pieds.

Oui, c'est un vrai bagne dans lequel j'ai vécu au cours de ces dernières années. Une vie de forçat à laquelle je me condamnais moi-même. Pourquoi? - C'est compliqué, car il n'y a pas une raison à cela mais des raisons multiples. Tout d'abord, il y a des choses qui me tiennent à coeur: la paix, la nature, la dignité et le bonheur des hommes, la destinée des générations futures.

Il y a aussi la haute opinion que j'ai toujours eue - à tort ou à raison - de ma personne. Je me crois capable de réussir là où les autres échouent et comme je suis ambitieux... Il en a résulté que dans des moments d'exaltation je prenais de grandes décisions 'héroïques' et qu'ensuite, lorsque cette exaltation s'évanouissait (et c'est quasi inévitable), je ne pouvais plus revenir en arrière et étais obligé de 'tenir', ne serait-ce que par amour-propre. Et c'est ainsi que d'année en année, je retombais dans le même piège, un piège que je me tendais à moi-même. Le comble est qu'à la fin de l'année 1992, j'étais encore sur le point d'envisager un nouveau "coup fumant", mais je me suis ressaisi à temps, me disant: "Ca suffit! Basta!". Je me suis dit aussi que j'avais déjà suffisamment "milité" depuis 1969 pour avoir le droit, non de me reposer (c'est trop tôt) mais de faire autre chose...

Ma vie était une perpétuelle course contre la montre: il fallait faire beaucoup de choses dans un laps de temps toujours trop court. Mais tout a ses limites et voici que je me dis maintenant qu'il est bon et sans doute nécessaire de faire une pause, de se donner du temps libre, de n'avoir plus à se conformer à un programme, de ne plus se créer de soucis, bref d'avoir enfin l'"esprit libre"! [le nom d'un autre périodique édité par Georges KRASSOVSKY, n.d.l.r.] Il se pourrait que ce soit même une condition sine qua non pour se ressourcer, se renouveler..."

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