Critique de livre
« A WORLD IN NEED OF LEADERSHIP: TOMORROW’S U.N. »
(Un monde qui a besoin d’être dirigé: les Nations Unies de demain)
de Brian URQUHART et Erskine CHILDERS
publié par la Fondation Dag Hammerskjöld et la Fondation Ford
La plupart des défenseurs de la Ligue des Nations affirmaient jusqu’à présent: «Ce n’est pas la Ligue qui a trompé les Nations; ce sont les Nations qui ont trompé la Ligue.» La même excuse est amplement avancée pour expliquer la honteuse défaillance des Nations Unies.
Mais Messieurs URQUHART et CHILDERS (tous les deux idolâtres des NU) ont trouvé un nouveau remède pour cette seconde Ligue mondiale souffrante. Blâmer le secrétaire général et la haute direction: recruter des «super-wo-men» pour ces postes et les choses vont s’améliorer.
Ceux qui argumentent que tout ce qu’il faut aux Nations Unies est un rafistolage, font difficilement figure de «penseurs» (en anglais «thinkers»). Peut-être que le terme «bricoleur» (en anglais «tinkers») est plus approprié. Ils enseignent de guérir la maladie de la guerre sans incommoder le germe qui la cause - la souveraineté nationale, la prétention d’agir comme juge et comme jury dans son propre cas.
Cet ouvrage vise essentiellement à rafistoler une organisation pratiquement mort-née et fondée il y a un demi siècle en vue d’essayer de maintenir la paix par des moyens belliqueux et de constituer une tentative de gouverner par des gouvernements et pour des gouvernements - d’après les termes d’Alexander HAMILTON, «un solécisme en théorie et une abomination en pratique».
Moyennant des arguments massifs et des statistiques très intéressantes ces deux bricoleurs illustrent les règles - dignes d’un opéra-comique - qui président au recrutement de personnel de haut niveau auprès de l’O.N.U., faisant allusion à l’inévitable corruption en résultant, sans pourtant la spécifier. Selon eux, parmi les qualités salvatrices que doivent avoir les futurs secrétaires généraux figurent une force vitale exceptionnelle (extraordinary stamina), la jeunesse et l’intelligence. Certes, il n’est sûrement pas intelligent d’accepter un tel poste au sein d’une organisation qui, de par sa propre Charte, ne donne pas à ses responsables les moyens d’accomplir les tâches qui leur sont confiées et qui de ce fait laisse aux tenants de la souveraineté nationale le soin de le faire.
Les auteurs admettent que «le système des Nations Unies a sans aucun doute besoin d’une critique et d’une écoute constructives», et que celui-ci n’a pas «de pouvoir politique propre»; cependant l’absence de pouvoir de gouvernement des Nations Unies n’est pas discutée. Le gouvernement en tant que système n’est mentionné qu’une seule fois dans le livre - dans le cadre d’une citation sans rapport relative au système étatique national. Voici une citation plus appropriée: «Une conduite qui est astucieuse et subtile, sans être directement fausse ou frauduleuse, est appelée diplomatique» (Oxford English Dictionary 1877).
De l’aveu général, le livre fait effectivement mention de la «pure ambivalence des gouvernements». Toutefois les auteurs omettent de tirer la moindre conclusion utile de leurs observations, tout en admettant que «nous pouvons être considérés comme naïfs».
Il est intéressant de noter que, tandis qu’ils insistent à ce qu’à l’avenir il n’y ait pas de discrimination ni géographique, raciale ou autre en matière de choix du personnel des Nations Unies, ils proposent néanmoins un quota paritaire entre hommes et femmes. A la page 69 nous lisons: «Une mesure très saine pour les Nations Unies et le système dans son ensemble serait la nomination d’une femme au poste de secrétaire général.» Ce qui nous amène à poser la question suivante: Obtiendrait-elle cet emploi en tant que personne la plus apte dans le monde ou seulement dans le souci de satisfaire la parité du sexe?
On est tenté d’interpréter ce livre comme faisant partie de la propagande mise en oeuvre en faveur de Madame Gro Harlem Brundtland, mais plus particulièrement de la critique américaine de Boutros Boutros Ghali, qui - d’après le San Francisco Examiner du 27 juin 1995, a dit au Président Clinton que «les Nations Unies ne sont pas, et ne peuvent jamais devenir, un gouvernement mondial.»
Harold S. BIDMEAD (traduction FCE de l’anglais)
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