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No 99 (printemps-été 1998, version e-zine)

Abonnement: 500 Flux (4 numéros couleur) par virement au CCP 46956-08 / Éditeur responsable: Joseph Peschon

FCE . BP 208 ) L - 2012 LUXEMBOURG

 fce@altern.org

 

Table des matières

Page

1

The Supreme Enemy of Mankind

(H. S. BIDMEAD)

2

Les principes du fédéralisme

(en flamand-néerlandais)

2

Plaisirs, bien-être et insouciance!

(G. KRASSOVSKY)

4

La pensée fédéraliste: Luigi EINAUDI

5

6

Manifeste Universaliste

Don Quijote (Dominique AUBIER)

7

Auschwitz dans l'enseignement:

Parlons-en! (Monique HYENNE)

8

FCE-CD: Chansons Yiddish contre l’oubli

9

Poésie / Piano:

Pro & Contra, Goulnora SOULTANOVA

10

Feuilleton / Nouvelles INTERNET -

Réseau FCE / Impressum

  

Je considère chaque type de nationalisme comme une aberration mentale, comme un cas clinique même, parce qu'il est fondé souvent sur un complexe d'infériorité. Si un peuple se respecte vraiment, il est protégé contre un tel complexe d'infériorité et, dans le concert d'autres peuples, son identité ne se perdra jamais. C'est une vérité absolue de dire que les contacts entre les nations favorisent le développement de leurs propres cultures.

(Dmitrij S. LICHATSCHOW)

 

Le Concert des Peuples

Le problème, aujourd’hui, n’est pas économique, ni financier, il est culturel et politique, dit Michel PAPELEUX dans ‘La Lucarne’ (no 261, 11 rue de Monnel, B-7500 TOURNAI) et rejoint ainsi les préoccupations et la raison d’être du bulletin FCE.

L’objectif fédéraliste consiste à promouvoir l’individu (à commencer par ceux qui nous sont proches!) dans sa qualité naturelle et dans ses droits de citoyen du monde, notamment par le soutien à l’épanouissement de ses dons de création culturelle et artistique. Le corollaire logique d’une telle prise de conscience des valeurs (multi-)culturelles est la recherche d’une nouvelle organisation politique adéquate et véritablement démocratique de notre globe terrestre, favorisant et garantissant ainsi - pour l’exprimer en termes symboliques - le Concert des Peuples.

Nous, citoyens du monde, avons aussi besoin de musique, écrit un autre correspondant, eu égard à la production croissante de CD par le label Flash-Compact-Editioun. Dans ce numéro vous allez découvrir un échantillon représentatif de ce volet d’activité FCE accompli sans but lucratif et très prenant en effet.

Un autre podium pour le Concert des Peuples, la communication entre citoyens du monde, est fourni par INTERNET. D’après une estimation, près de 40% des correspondants du réseau FCE y ont déjà accès, ce qui est largement au-dessus de l’utilisation moyenne, réservée trop souvent encore à une élite dominante. Mais les correspondants FCE entendent également faire partie d’une alternative politico-culturelle dans ce domaine, conscients qu’ils constituent une élite plutôt pionnière, soucieuse de l’intérêt commun tant présent que futur et animée par un esprit critique, tolérant qui ne connaît de certitude que le doute.

Sans tarder, inscrivez-vous sur la mailing-list du réseau électronique FCE, sous HTTP://WWW. ALTERN. ORG/FCE et/ou adressez vos messages et suggestions à fce@altern.org (e-mail, cf. page 10).

J.P.


THE SUPREME ENEMY

OF MANKIND

by Harold S.BIDMEAD

All altruists agree that land mines ought not to exist. Nor should atom bombs, germ bombs, nor aircraft designed to deliver the horrors of war to civilian and military alike (the list is infinite). Nor should sanctions be necessary, punishing the poor, the weak and the innocent rather than the guilty.

Nobody should deny the necessity of measures aimed at preventing ("banning") such evils. All must admit the desirability of treaties and other instruments of diplomacy intended to ensure that war is conducted in a more "humane" manner. Neither should popular movements, petitions, war crimes tribunals and charitable trusts designed to fight the same ills be scoffed at. Unfortunately, supporters of popular movements (such as the Christian Church) often become more keen on the organization than on the idea; petitions are frequently ignored by the politicians; war crimes tribunals seldom possess the means to arrest miscreants or to enforce their decisions peacefully. Even the UN lacks power as well as respect, and the more power we give a league, the less respect it will inspire. Nevertheless, all machinations of the devil should be fought relentlessly.

WAR ITSELF THE PRIME ENEMY

But it should never be forgotten that the main enemy of mankind does not take the guise of any weapon of war, no matter how horrific. The supreme enemy is war itself. War is the disease; weapons merely symptoms. There are some believers in this truth who nevertheless imagine that war can never be abolished, and who therefore devote themselves to the vain task of trying to make war more gentlemanly. They fail to see that even if war cannot be made impossible, the provision of a better way to settle disputes (and to enforce the settlement peacefully) would make war unnecessary, and therefore unlikely.

Cover CD réf.FCE 208/226

plainchant médiéval admirablement interprété par l'ensemble The Art of Music

The cure for international anarchy (as incarnated in the UN system of trying to keep the peace by warlike means) is international government. In the words of Professor Albert Einstein, in a signed statement addressed to the World Movement for World Federal Government:

"World federal government must be created. The United Nations can become a world government only if the Assembly consists no longer of representatives of governments, but of representatives directly elected by the people, because only direct representatives of the people themselves can be expected to serve, according to their own judgement, the interest of supra-national order and security." (5 December 1950).

World federal government may be a distant utopia, but we must make a start in the right direction. The democracies are the most likely recruits for an interpopular government based on the rule of law. They should lead the way by creating a federal union that is so powerful that none will dare to challenge it, so just that none will wish to oppose it and so successful that all outside will clamour to join.


Les principes du fédéralisme (en néerlandais)

Dit zijn de grondbeginselen van het federalisme:

a) De hoofdoorzaak van de oorlog ligt in de nationale soevereiniteit, die maakt dat de staten in hun eigen zaak als rechter en jury optreden.

b) De remedie voor de internationale anarchie is een internationale regering. ("Regeren vormt het enige alternatief dat de mensheid heeft ontdekt voor het oplossen van geschillen door gewapende strijd." W.B. CURRY in The Case for Federal Union.)

c) Een internationale regering moet haar gezag verkrijgen van de geregeerde burgers.

d) Haar wetten dienen rechtstreeks van kracht te zijn op de burgers als individuën (zoniet kunnen ze niet zonder geweld worden opgelegd).

e) Haar parlement moet rechtstreeks door de burgers worden verkozen.

f) Haar bevoegdheid dient te worden beperkt tot mondiale zaken. Alle andere zaken blijven tot de bevoegdheid van de nationale parlementen en burgers behoren.

Een dergelijke bevoegdheidsverdeling kenschetst een federaal stelsel.

Een federale unie moet openstaan voor alle landen die zich bereid tonen haar grondwet te erkennen.

(Les principes fondamentaux du fédéralisme en néerlandais, dans la traduction de Jean VERSTRAETEN)


 PLAISIRS, BIEN-ETRE

ET INSOUCIANCE!

par Georges KRASSOVSKY

Qu'on le veuille ou non, chacun de nous a son "échelle des valeurs" à laquelle nous nous référons dans la conduite de notre vie. Je n'y échappe pas, bien sûr, moi non plus, et cela m'incite à mettre un peu d'ordre dans mes idées, en soulignant ce à quoi j'attache une certaine importance. Je tiens toutefois à préciser que je me limite ici, volontairement, au domaine de la vie privée. Les valeurs qui ont trait à la vie en société - telles que la Liberté, la Paix, la Solidarité - sont certes importantes, elles aussi, mais je crois en avoir parlé‚ déjà suffisamment pour n'avoir pas à y revenir une fois de plus.

Ainsi que le lecteur a pu le constater, j'annonce d'emblée "la couleur": Plaisirs (au pluriel), Bien-être et Insouciance! Tout un programme! Je n'ose pas dire toute une philosophie existentielle, le mot "philosophie" m'ayant toujours paru quelque peu rébarbatif. Et je me fâche même lorsqu'on me traite de "philosophe"!

Je suis donc, primo, tout à fait favorable à ce qu'on appelle "les plaisirs de la vie" ou, si vous aimez mieux, "une vie de plaisirs ". Les plaisirs, c'est plaisant! Aussi je me suis toujours senti en famille parmi les hédonistes et considère Epicure comme un très grand sage (bien supérieur à Socrate avec sa narcissique préoccupation de "se connaître"). En revanche, la condamnation des plaisirs m'est toujours apparue comme une véritable aberration. Au point que je n ai même jamais voulu discuter avec ceux qui en font une "profession de foi". Après tout, s'ils veulent se priver des plaisirs, ça les regarde, pourvu qu'ils ne veuillent pas me donner des leçons!

Franz MARC: Le rêve

Ceci étant bien établi, il faut sans doute que je précise de quels plaisirs il est question. Eh bien, il s'agit pour moi avant tout des plaisirs des sens et comme nous en avons officiellement cinq, cela donne cinq sortes de plaisir. Il y a les plaisirs visuels qui consistent à voir les formes et les couleurs et surtout à contempler ce qui est beau (le sens esthétique, lié à la vue, peut être considéré‚ comme notre sixième sens). I1 y a les plaisirs gustatifs, dits "du palais" ou "de la table". II y a les plaisirs du toucher qui, en fait, sont essentiellement les plaisirs sexuels, dits "du lit". Toute une gamme de sensations agréables que ressentent un homme et une femme qui se sentent attirés l'un par l'autre, qui s'embrassent, se caressent et s'unissent.

Pour être complet, il faut mentionner également les plaisirs olfactifs que l'on ressent en respirant - c'est plus joli qu'en "reniflant", n'est-ce pas ? - des odeurs et des parfums agréables. Et, enfin, les plaisirs auditifs, le plaisir d'entendre la voix de celle ou de celui qu'on aime, le gazouillis des oiseaux, une musique douce et mélodieuse. Ces deux sortes de plaisirs - du nez et des oreilles - ne sont, sans doute, pas négligeables mais, pour ce qui me concerne je ne ferais tout de même pas des "folies" pour les éprouver. Alors que pour la vue, associée au toucher...

Dans la vie, il n'y a toutefois pas que les plaisirs des sens. II y a également les plaisirs d'ordres intellectuel et artistique: plaisir d'entendre ou de lire quelque chose d'original et d'intelligent (plaisir d'autant plus appréciable qu'il est plutôt rare), plaisir de comprendre et de découvrir, lire notamment, la curiosité scientifique; plaisir d'ordonner, de ranger, de classer, qui donne l'agréable impression de surmonter le désordre, le chaos; plaisir de rire qui correspond au sens de l'humour (serait-ce notre septième sens ?); plaisir de créer qui englobe toutes les créations artistiques. Tout être humain, normalement constitué‚ se sent attiré par tous ces plaisirs du corps et de l'esprit sans lesquels la vie serait bien fade.

Pour ce qui me concerne, j'ai toujours été émerveillé par la variété et l'intensité des plaisirs que je pouvais ressentir et éprouvais une sorte de reconnaissance (je ne sais envers qui, si ce n'est envers mes ascendants) de pouvoir en jouir. Mais en même temps, je me félicitais d'avoir par rapport à tous ces plaisirs, une indépendance suffisante pour ne pas en être esclave. C'est que la recherche des plaisirs - aussi normale qu'elle soit - pose malheureusement des multiples problèmes que l'on ne saurait éluder. Cela provient avant tout du fait que chacun de nous n'est pas seul au monde. I1 y a "les autres" et - à moins d'être un schizophrène - il n'est pas possible de s'en abstraire. Ces autres sont, certes, tous différents mais en même temps combien semblables à nous-mêmes, ne serait-ce que du fait qu'ils sont tous capables de ressentir, eux aussi, le plaisir et la douleur, la joie et la souffrance. Il en résulte que tout plaisir susceptible de porter préjudice à autrui est un plaisir empoisonné.

Il existe, certes, des gens qui commettent des crimes pour s'offrir toutes sortes de plaisirs (les crimes dits "crapuleux", les escroqueries, la vente d'armes et de drogues, les viols, la pédophilie, etc.) mais ce sont là manifestement des cas pathologiques de déshumanisation avancée et on aurait tort d'en déduire que la nature humaine est mauvaise et la recherche des plaisirs condamnable.

Mais ce n'est pas tout. La recherche des plaisirs - aussi légitime soit-elle - a encore une autre limite. Celle que lui pose la notion du bien-être. Voyons, tout d'abord, ce qu'est le bien-être. Oh! c'est très simple: c’est "être bien dans sa peau", c'est être "en forme". C'est le contraire de "mal fichu", de, "patraque", de "souffrant". Si l'on voulait analyser cet état de bien-être, on pourrait dire que c'est à la fois une sensation d'énergie et de légèreté dans le corps, de clarté dans l'esprit, de disponibilité dans l'action. Je suppose que tout un chacun doit connaître et apprécier cet état psychosomatique éminemment agréable. Si je m'y suis arrêté‚ aussi longuement c'est parce que j'attache à cet état une importance considérable et à dire vrai, je le place même au-dessus des plaisirs. Or - et c'est très ennuyeux! - il peut exister une antinomie entre les plaisirs et le bien-être. Pour ne pas rester dans le vague, donnons quelques exemples concrets: on peut éprouver du plaisir à fumer, à boire de l'alcool, à manger des mets sucrés, mais on sait, en même temps, que cela risque de rendre malade et, par conséquent, de compromettre l'état de bien-être. On peut aussi ressentir un plaisir fou à faire l'amour tard dans la nuit mais on sait, en en ayant fait l'expérience, que si on est obligé de se lever tôt, on risque d'être mal à l'aise le lendemain. Les préoccupations relatives au bien-être créent donc, elles aussi, des limites à la recherche inconsidérée des plaisirs. Mais s'abstenir indéfiniment, se priver de ce qu'on aime n'est pas drôle non plus. I1 y a donc un tri à faire dans les plaisirs, suivant leur intensité et leur éventuelle nocivité. (Ce serait, en effet, stupide de compromettre l'état de bien-être avec des plaisirs somme toute médiocres). On peut aussi essayer de "doser" les plaisirs qui risquent d'être préjudiciables à la santé, mais la bonne dose, la dose optimale est difficile à établir. Le pire est toutefois que cela risque de créer un tas de soucis. Soucis inhérents à la recherche systématique des plaisirs, ce qui est notamment le cas des obèses qui ne pensent qu'à "la bouffe" et des obsédés sexuels qui ne pensent "qu'à ça". Soucis aussi lorsque la recherche du bien-être devient une sorte de culte, en vertu duquel on se prive des plaisirs qui risquent de "faire du mal" et on s'impose au contraire des actions dont on n'a nulle envie, mais qui seraient censées "faire du bien". Les exemples ne manquent pas: tout le monde connaît les fanatiques de tel ou tel "régime de santé" et les martyrs de "la gym", du jogging, du yoga etc. II faut donc faire bien attention de ne pas tomber dans tous ces travers que l'on trouve aussi bien au jardin d'Epicure que dans les temples où l'on cultive l'ascétisme. Dans tous ces cas, le souci d'être "comme ceci" ou "comme cela", conformément aux conseils ou à l'enseignement reçu, fait que l'on est en porte-à-faux avec soi-même et que l'on continue forcément de chercher...

Ce qui nous amène au troisième volet de notre triptyque: l'insouciance! Arrêtons-nous y un moment car il se pourrait que ce soit ce qu'il y a de plus important. I1 s'agit d'un état d'esprit particulier à base de confiance irraisonnée, de détachement et d'équanimité qui fait que l'on ne s'empoisonne pas l'existence avec ses propres pensées. Or, sur le plan strictement individuel, qu'est-ce qui vaut la peine de se tracasser, de se faire des soucis? Les plaisirs? Pour ce qu'il en reste! On dira peut être qu'il en reste des souvenirs - La belle affaire! "Vivre de souvenirs" est aussi insipide que de relire le menu d'un repas dont on s'est régalé! Le plaisir n'existe que tant qu'il est ressenti. La preuve: même ceux qui ont couru toute leur vie après les plaisirs afin d'en constituer un stock pour leurs vieux jours, finissent en fin de compte par préférer la télé...

Le bien-être? Oui, c'est précieux surtout si on en jouit pendant une longue période. Cela vaut quelques efforts et sacrifices. Mais il faut bien convenir que cet état "d'équilibre" est extrêmement précaire. Il y a tant de facteurs qui entrent en ligne de compte: la nourriture, l'exercice musculaire, l'environnement, les rencontres, le stress, les conditions météorologiques certains évoquent les configurations astrales! Comment s'y retrouver? On croit tout faire pour être "bien" et il se fait que l'on se sent mal. Mais il arrive parfois aussi que l'on a fait de gros "écarts" et on se trouve subitement comme dans un état de grâce! Cela fait plus de 60 ans que j'essaie de comprendre le mystère de ce mécanisme mais je crains fort d'être encore loin d'y voir clair. J'ai lu, bien sûr, une quantité de livres, dans lesquels tout est très bien expliqué et il n'y a qu'à mettre les préceptes donnés en pratique. Mais ces préceptes mêmes sont souvent contradictoires d'un auteur à l'autre. Quant à leurs promesses, elles ressemblent étrangement à celles des hommes politiques "Demain on rasera gratis!"... C'est effectivement "rasant". I1 y a, certes, quelques données de base qui sont indiscutables, telles que manger sobrement, bouger pour s'oxygéner, mais d'ici à s'imposer des règles de vie trop strictes, il y a une marge. I1 semble, par conséquent, qu'une bonne dose d'insouciance soit une condition sine qua non d'une vie agréable. Elle n'empêche pas en tout cas que cette vie soit parsemée de plaisirs. Au contraire! On dit bien "Aux innocents les mains pleines". Or, les insouciants sont des innocents.

Quant à l'état de bien-être, il trouve, selon toute évidence, lui aussi son compte dans l'absence de soucis. I1 est, en effet, notoire que les insouciants ne gaspillent pas leur énergie nerveuse dans des vaines inquiétudes. Ils se trouvent, par conséquent, à l'abri des tensions et des angoisses. Leur sommeil est nettement meilleur que celui des gens anxieux qui "ruminent" leurs soucis à longueur de nuits. Bref, il n'y a pas de doute possible: l'insouciance a un effet bénéfique sur l'état de santé et, par conséquent, sur celui du bien-être. Pour ma part, j'ai toujours estimé que le destin de la cigale était nettement préférable à celui de la fourmi. La première symbolise pour moi la légèreté, la seconde la pesanteur, la gravité. Et je me suis même surpris l'autre jour à rêver d'une "spiritualité" qui enseignerait que l'insouciance nous rapproche de Dieu, alors que les soucis nous en éloignent. Je m'y convertirais bien volontiers, pourvu que l'insouciance ne devienne pas l'objet d'un nouveau souci!


La pensée fédéraliste

Luigi EINAUDI

(1874-1961)

L’explosion de la première bombe atomique a définitivement modifié la nature de la guerre et a fait place à une incertitude angoissante quant au destin de l’homme. Peu nombreux furent les hommes politiques qui comprirent immédiatement combien la condition humaine venait de changer, et combien les critères utilisés habituellement pour juger la situation mondiale étaient devenus obsolètes; l’un d’eux était Luigi EINAUDI, économiste de renommée mondiale, professeur aux universités de Turin et de Milan, président de la République italienne de 1948 à 1955.

Sous sa plume parurent, il y a 50 ans, dans le Corrriere della Sera du 29 mars et du 4 avril 1948 deux articles importants et significatifs pour sa pensée fédéraliste: « Qui veut la bombe atomique? » et « Qui veut la paix? ». Dans la suite vous pouvez lire des extraits de ce second article qui n’a rien perdu de sa perspicacité et de son actualité.

Qui veut la paix?

Le cri «Nous voulons la paix!» est trop humain, trop beau, trop naturel pour une humanité sortie de deux épouvantables guerres mondiales et menacée par une troisième guerre exterminatrice pour que les hommes qui n’ont pas un coeur de bête fauve ne le soutiennent et ne s’en fassent l’écho...

Il ne sert à rien de faire appel [à ce titre] à des idéaux nouveaux, à des transformations religieuses et sociales. Nos seuls guides sont l’expérience historique et le raisonnement. Ce dernier nous met en garde: pour empêcher les guerres, ne considérons pas comme un moyen sûr celui qui, même s’il existe, ne les a jusqu’à présent jamais empêchées. Une religion plutôt qu’une autre n’est pas un moyen sûr; en effet, les religions les plus disparates se sont accommodées des guerres...

De même que l’Etat, à l’aide des policiers, des juges et des gardiens de prison, tient en respect les voleurs et les assassins, de même il est nécessaire qu’une force supérieure à l’Etat, un super-Etat, tienne en respect les Etats décidés à agresser, violenter et dépouiller autrui.

Celui qui veut la paix se doit de vouloir la fédération des Etats, la création d'un pouvoir supérieur à celui de chaque Etat souverain. Tout le reste n'est que bavardage, vain parfois, et il n'est pas rare que cette attitude ne tende à cacher les intentions de guerre et de conquête des Etats qui se déclarent pacifiques. Nous parvenons donc à la même conclusion que celle à laquelle nous devons aboutir en ce qui concerne la bombe atomique. II ne suffit pas de crier: «A bas la bombe atomique, vive la paix!» pour vouloir sérieusement la défaite de l'une et le triomphe de l'autre. II est nécessaire de connaître [...] quelle est la condition nécessaire - et à elle seule suffisante - pour que l'une et l'autre volonté ne demeurent pas des paroles semées au vent. Une telle condition se nomme force supérieure à celle des Etats souverains, elle se nomme fédération d'Etats, elle se nomme super-Etat. S'il faut qu'il existe un juge des méfaits, s'il faut saisir l'agresseur par le col et le contraindre à renoncer à son butin, il faut qu'existe une force, un Etat supérieur aux autres qui puisse obtenir l'obéissance de chaque Etat; et il faudrait même que chaque Etat soit privé du droit et de la possibilité de décider seul de la guerre et de la paix.

Et prenons garde, le super-Etat ne peut-être une quelconque Société des Nations ou encore moins une Organisation des Nations Unies... A quoi sert [en effet] une organisation, une association qui doit recourir au bon vouloir de chacun des Etats associés pour remettre à sa place l’Etat malfaiteur qui se montre récalcitrant envers la volonté commune?...

Le seul moyen de supprimer les guerres à l’intérieur du territoire de l’Europe est d’imiter l’exemple de la constitution américaine de 1788, en renonçant totalement aux souverainetés militaires et au droit de représentation à l’étranger et à une partie de la souveraineté financière...

Par conséquent, lorsqu'il s'agit de faire la distinction entre les amis et les ennemis de la paix, ne nous arrêtons pas aux professions de foi d'autant plus bruyantes qu'elles sont plus mensongères. Demandons au contraire: voulez-vous conserver la pleine souveraineté de l'Etat dans lequel vous vivez ? Si oui, celui-ci est un ennemi implacable de la paix. Etes-vous au contraire décidé à apporter votre voix, votre appui, seulement à ceux qui promettent de mettre en œuvre le transfert d'une partie de la souveraineté nationale à un nouvel organe appelé Etats-Unis d'Europe? Si la réponse est affirmative, et si les paroles sont suivies d'effet, vous pourrez, mais alors seulement, vous considérer comme partisan de la paix. Tout le reste n'est que mensonge.

(source: Le Fédéraliste)


Concepts

Solidarité et Subsidiarité

Ces deux principes, exprimés dans un cadre fédéral, régissent l’équilibre entre les droits et les devoirs des citoyens et de leurs entités territoriales. La subsidiarité s’accompagne nécessairement de la solidarité, sous peine d’accroître les écarts de développement et de richesse.

Le principe de solidarité implique l’assistance mutuelle, la mise en commun d’expériences, le partage des richesses et des progrès, le développement harmonieux et concerté.

Le principe de subsidiarité indique, quant à lui, que les décisions doivent être prises de manière décentralisée au niveau de compétence, de connaissance et de suivi optimal. En vertu de ce principe on ne confie pas au niveau territorial supérieur ce qui peut être convenablement traité au niveau considéré...

(sources: Citoyens du Monde, Les Verts)


MANIFESTE UNIVERSALISTE

L'UNIVERSALISME, c’est une conception qui dépasse tous les particularismes, les égocentrismes nationaux, raciaux, culturels, confessionnels, organisationnels...et qui entend s'adresser à tous, d'abord aux plus déshérités, à ceux qui sont spoliés d'un certain héritage. Cette définition étant posée, elle nous permet de nous déterminer de deux façons distinctes positive et négative:

1 - d'une manière positive, affirmative, car nous affirmons que l'immense héritage, le capital progressivement accumulé par l'espèce humaine pendant des siècles, des millénaires, doit bénéficier a tous, sans exclusion, et non pas à une petite minorité de nantis;

2 - réciproquement, d'une manière négative, car nous rejetons ce système prétendument "libéral", en réalité ennemi des libertés fondamentales puisqu'il asservit la grande majorité de l'humanité, dépossède en captant notre héritage commun pour le profit de quelques privilégiés.

L'Universalisme, ce n’est pas une doctrine, mais un mouvement; il ne part pas de principes, mais de faits. Les universalistes ont la source de leurs thèses en premier lieu dans toute l’histoire passée et surtout dans les résultats présents, réels, qui sont atteints par l'humanité contemporaine.

En toutes circonstances, les universalistes sont ceux qui font passer les intérêts généraux du mouvement social avant ceux de l'une ou l'autre de ses composantes. Avant d’être, suivant le cas Européens, Africains, socialistes, juifs, chrétiens. communistes, arabes, écologistes, anarchistes, syndicalistes, abondancistes...nous sommes des êtres humains qui se veulent désaliénés, individuellement émancipés - dans toute la mesure du possible - et qui entendent oeuvrer pour l'émancipation générale.

Jamais les inégalités humaines n'auront été aussi exacerbées qu'en cette fin de XXème siècle, jamais les perversités dues au système dominant n'auront été aussi nombreuses, aussi aiguës: guerres civiles ou militaires, pollutions, famines, chômage toxicomanies et autres délinquances: jamais le niveau de l’exploitation de l’homme par l’homme n’aura été aussi élevé. Nous pensons, nous osons espérer, avoir atteint l'apogée de ce phénomène.

Beaucoup et d'abord ceux qui profitent du système dominant, prétendent qu’il n’existe pas d'alternative à cette société basée sur la concurrence, la guerre de tous contre tous, sur l’échange marchand et la corruption... C'EST FAUX! Certes, il n'existe aucune recette toute faite, prête à réglementer la future société mondiale postcapitaliste. Mais des solutions existent, sur lesquelles divers groupes réfléchissent et travaillent d'ores et déjà; les universalistes oeuvrent en liaison avec tous ceux-là...

Nous avons la conviction qu’un monde plus équitable est non seulement souhaitable mais encore possible, nécessaire, et nous sommes déterminés à oeuvrer dans ce sens: en direction d'une humanité plus équilibrée, plus cohérente.

Fait à Paris, le 26 octobre 1997

Adresse de contact: Rassemblement Universaliste, B.P. 25, F-75622 PARIS cedex 13 (demander les statuts).


 

 Opinion

L’avenir reste à construire...

Il faut se battre pour montrer que l’Histoire n’est pas finie et que l’avenir reste à construire. Et que les logiques dominantes actuelles sont capables de tout sauf de construire l’avenir. Pire, elles sont en train de détruire aussi le passé. Et que la société qui détruit la mémoire n’est pas capable de concevoir un projet pour l’avenir.

Avoir une culture, c’est avoir une mémoire qui nous permet de vivre. On est en train de nous apprendre au contraire qu’il faut se contenter de survivre. Une tâche fantastique à remplir, c’est de délégitimer la logique de libéralisation, de la déréglementation, de la privatisation... pour légitimer d’autres valeurs: la solidarité, la citoyenneté...

Mettre au premier plan la personne humaine, avec ses désirs, ses amours, le bon, le beau, le juste. Parce que c’est ce qui est porteur d’avenir...

(Riccardo PETRELLA, dans Guerre économique. L’Heure de la résistance, Ed. Cotmec, Genève, 1997)


Revue

MOTIVATION

Les thèmes et les analyses proposées par cette publication semestrielle (éditée par le Cercle d’Etudes Paul Diel) témoignent d’une approche transdisciplinaire et cherchent à promouvoir essentiellement les liens entre la connaissance de soi à les activités personnelles et citoyennes. Nos motivations ne sont-elles pas nos raisons - ou déraisons - d’agir? Parmi les sujets traités signalons: Le Quotidien Autrement, Progrès et Evolution, Le Dialogue, Le Lien Social - Du Biologique au Politique, Eléments pour un Nouvel Humanisme.

Pour recevoir un spécimen de MOTIVATION adressez-vous à Armen TARPINIAN, 83 avenue d’Italie, F-75013 PARIS.


Livre

Don Quichotte,

le prodigieux secours

du messie-qui-meurt

par Dominique AUBIER

Editions M.L.L., 250 FF

Né sous la plume de Cervantès, Don Quichotte paraît en 1605 et connaît un succès immédiat. Une gloire jamais éteinte frappe ce livre qui reste, avec la Bible, le livre le plus lu au monde. Quel est le secret du Quichotte?

Cervantès se cache, affirme n'être point l'auteur de son livre: il ne serait lui-même que le lecteur d'une traduction dont l'au-teur s'est à son tour dissimulé sous le nom de Cid Hamet Benengeli. Don Quichotte serait ainsi la traduction d'un manuscrit découvert à Tolède, écrit en langue arabe ou peut-être en autre langue... Quelle est cette langue?

Dominique AUBIER voue son existence à résoudre cette énigme. Menant son enquête, cet écrivain - une vie de recherches, d'investigations pour comprendre - devient experte mondiale de la kabbale hébraïque. Munie de cet instrument, elle ouvre le symbolisme de Don Quichotte, le décode et en libère le sens. La découverte est . sensationnelle:

Don Quichotte est un livre qui est lisible à la fois en castillan et en hébreu. Cervantès, en effet, dissimule un message dans son texte. La deuxième édition (1608) originale du Quichotte, révisée par son auteur; est truffée de "fautes" grossières que l'université s'empresse de corriger dans les éditions suivantes. Mais en réalité, il fallait décoder ces "erreurs" qui n'en étaient pas et qui transformaient, par l'omission d'une lettre, par l'accentuation mal placée, le roman castillan en un traité initiatique habité du système qui fonde l'herméneutique: autant de messages cryptés, dont certains sortent droit du texte biblique, notamment des chapitres d'Ezequiel. Je sais qui je suis, dit Don Quichotte. Qui est-il vraiment? Dominique AUBIER suit Cervantès à la trace. Elle restitue le fil conducteur de sa pensée, si bien que l'enquête est menée par Cervantès en personne, qui pose des jalons dans un jeu de piste dont le trésor est l'apparition du sens.

Voilà qu'en pleine Inquisition, Cervantès, dans une forme littéraire nouvelle - dont il est l'inventeur - le roman moderne, transmet un enseignement frappé d'interdiction. Cervantès redonne ce qu’il a reçu de la tradition hébraïque et de la kabbale. Don Quichotte (Q'chott en Araméen signifie vérité) fut écrit dans un souci d'œcuménisme. En souvenir d’une Espagne, terre de rencontre des trois religions révélées, il propose à l'avenir un vaste projet culturel plaçant en son centre la puissance du verbe. Jaillit soudain la véritable identité de Cervantès.

Prince des Rebelles, Prince des Initiés, Cervantès a su transmettre son message de Liberté. Don Quichotte compromet l'Occident tout entier. En cette fin de millénaire décadent, la leçon du Chevalier des Lions n'est-elle pas l'ultime recours de l'esprit?

Le livre de Dominique AUBIER, auteur nommé à deux reprises pour un prix Nobel, est frappé de l’interdiction médiatique moderne mais il est disponible en librairie. En échange de bon procédé, une réduction exceptionnelle de 20% (soit un prix préférentiel de 200.- FF) est accordée aux lecteurs FCE qui s’adressent directement au distributeur (avec la mention «Flashes Contacts Echanges»): M.M.L., c/o Dominique ROTH, B.P. 16, F-27240 DAMVILLE.


Auschwitz dans l’enseignement

Parlons-en !

"La mémoire d'Auschwitz dans l'enseignement: problèmes et perspectives"; tel était en 1991 le thème d'une rencontre pédagogique internationale de cinq jours. Pourquoi n'en parler que maintenant? Parce que je viens seulement d'en prendre connaissance. Le sujet était trop important pour n'en faire qu'une lecture personnelle. Je désirais partager avec d'autres le travail déjà fourni par les participants de sept pays, car il peut non seulement aider à surmonter la difficulté de parler d'Auschwitz, mais aussi favoriser la réflexion sur l'épuration ethnique perpétrée, près de chez nous, dans l'ex-Yougoslavie, ou plus loin, au Rwanda, et sur l'autodestruction systématique qui se déroule en ce moment en Algérie.

Parler d'Auschwitz entraîne d'abord une série d'interrogations fondamentales d'ordre philosophique, déontologique et téléologique, interrogations qui remettent tout en cause à la fois nous-mêmes et l'enseignement. Du point de vue philosophique, nous sommes confrontés aux questions: "qui sont les autres?", "qui suis-je?". Du point de vue déontologique, les professeurs expriment un grand respect de l'élève en tant que personne et leur souci constant est d’ "informer sans influencer le libre arbitre des élèves". Du point de vue téléologique, pour les enseignants il va de soi qu'il faut parler d'Auschwitz en classe, mais dans quel but, d'où également la question de la transmission: "à qui transmet-on?", "qui transmet?", "que transmet-on?" Cet ensemble de questions en soulève d'autres sur l'enseignement, la formation des professeurs pour aborder le sujet d'Auschwitz, le rôle et l'enseignement de l'histoire, le contenu des manuels, mais il souligne aussi l'importance qu’il y a à faire réfléchir les élèves, à les sensibiliser au respect de la liberté, de la démocratie, et des droits de l'homme. Des initiatives pédagogiques illustreront ces objectifs.

Les enseignants sont-ils préparés avant d'aborder le sujet d'Auschwitz?

En Autriche, il existe un cours de trois ans de "formation politique pour professeurs". En Pologne, le Musée d'Etat d'Auschwitz organise des séminaires à leur intention.

Méthode de travail:

Comment amener les élèves à réfléchir? Tous professeurs d'histoire, les enseignants s'attachent non seulement à la transmission des faits, mais également à l'examen des sources. Voici quelques exemples:

Dans le cas de caricatures, reconnaître le caractère spécifique de la source, sur des photos, faire la différence entre l'information voulue et l'information accidentelle, se poser des questions lorsqu'il s'agit de sources écrites, savoir discerner s'il s'agit d'opinions, de jugements de valeurs ou de préjugés, distinguer la propagande évidente de la propagande insidieuse, comparer la littérature mémorialiste et les témoignages des survivants. Donner les outils de la réflexion - l'examen, l'analyse, la comparaison - c'est développer l'esprit critique de l'élève.

Comment intéresser les élèves?

Donner des faits ne suffit pas, il faut également sortir l'individu des masses anonymes de victimes et rendre intelligibles les expériences concrètes des rescapés.

Pour rendre l'information plus accessible, une enseignante néerlandaise parle non seulement d'Auschwitz , mais également du monde d'avant-guerre qui a disparu, de la vie quotidienne à Amsterdam où les populations juive et non juive vivaient ensemble.

Les initiatives pédagogiques:

Chacune a son originalité. A la question: "quel est l'impact de la transmission?" on trouve déjà une réponse au sein même du colloque dans l'expérience pédagogique menée en Belgique, à Jodoigne. Elle permet de jauger le degré d'autonomie des élèves.

Cette expérience s'inscrit dans le long terme, car elle est construite sur deux ans. La première partie consiste en une exposition provenant de la Fondation Auschwitz avec exposé, films et débats. La seconde étape a lieu deux ans plus tard avec les mêmes élèves. En classe terminale, ils réalisent eux-mêmes une exposition "Les droits de l'homme au fil du temps et des Etats". Les thèmes choisis sont, entre autres, le génocide amérindien, l'esclavage, les réfugiés. L'exposition comprend une réflexion critique sur la mémoire d'un peuple: les disparitions ou le témoin effacé, les territoires occupés. Ce travail a pu être réalisé grâce à une équipe d'enseignants motivée et pluridisciplinaire. Les réalisations sont incluses dans les heures des différents cours: sciences sociales, histoire, morale, français et anglais. Au niveau du primaire, le sujet a permis d'aborder le thème des droits de l'enfant et, pour les plus âgés, celui des exclusions raciales et sociales.

En France, l’actualité sert de point de départ à deux projets d’action éducative. L’un deux, mené à Rodez, s'intitule: "La presse et l'événement: le procès Barbie".

Barbie était le chef de la Gestapo à Lyon . Son procès eut lieu dans la même ville en l987. Le projet d'action éducative mis en place pour étudier le procès comprend deux étapes: la première est une étude scrupuleuse de la une des journaux nationaux et régionaux à l'ouverture et à la clôture du procès; la deuxième, une analyse comparative des principaux moments du procès.

Vitrail de Silvaine ARABO

A l'occasion du procès Barbie et du tournage à Avon du film autobiographique de Louis Malle Au revoir les enfants un autre projet est lancé pour étudier l'histoire locale de cette petite ville. Louis Malle s'est inspiré d'un fait réel dont il a été témoin en l944: l'arrestation dans un collège catholique de trois élèves juifs qui y étaient cachés et du directeur, le Père Jacques. Tous sont morts en déportation.

"Les déportés d'Avon, enquête autour du film de Louis Malle Au revoir les enfants" est une initiative interdisciplinaire français et histoire-géographie, menée par des élèves volontaires, hors des cours pendant un an. Elle a abouti à une exposition et à un très beau livre: "Les déportés d'Avon".

C'est aussi une initiative plurisdisciplinaire dans la mesure où pendant l'année scolaire, de nombreux professeurs - français, anglais, allemand, dessin, histoire, biologie, mathématiques - ont consacré une partie de leurs leçons à des études liées au thème choisi.

En Pologne, le Musée d'Etat d'Auschwitz entretient des liens étroits avec la jeunesse. Il organise conférences, films, séminaires et concours de dessins pour les élèves les plus âgés du primaire.

La rencontre avec les survivants des camps de concentration:

Les élèves doivent être préparés avant leur rencontre avec les survivants. La rencontre ne doit pas servir uniquement d'alibi pour traiter le sujet d'Auschwitz, sinon mieux vaut s'en abstenir. Les élèves manifestent un très vif intérêt pour le vécu des témoins, aussi faudrait-il prévoir suffisamment de temps pour les questions et les discussions. Les témoins ne devraient pas se substituer au professeur d'histoire, ni agir en historien, mais rapporter leur propre expérience.

La méthodologie dans ce domaine est très lacunaire: il y a lieu de réfléchir à la possibilité d'améliorer, du point de vue méthodologique, l'intervention des témoins dans les écoles.

Voyage d'étude au site d'Auschwitz-Birkenau:

Description de l'organisation d'un voyage:

Une cinquantaine de personnes, d'horizons les plus divers, quant à la provenance régionale, la profession, les idées politiques et religieuses, l'âge des participants, font le voyage ensemble. Cette diversification permet de présenter différentes façons de réagir, de travailler et d'envisager le sujet "Auschwitz".

La préparation extrêmement poussée des participants est d'une importance primordiale, d'où un séminaire de deux jours avant le départ. Le but est de faire connaissance et d'aborder une première fois le sujet d'Auschwitz par des discussions approfondies avec des survivants. Cette activité d'une semaine, dont le thème est uniquement Auschwitz, se déroule principalement sur le site du camp de concentration. Le but du voyage d'étude est ,entre autres, de susciter une confrontation avec le présent et une critique de ses propres préjugés.

L'enseignement d'Auschwitz à l'avenir ne saurait être figé une fois pour toutes. Une enseignante explique pourquoi. Elle utilise, entre autres, des archives de la ville d'Amsterdam. Elle fait part de ses découvertes à ses élèves. Un dialogue s'établit. Comme ils posent constamment de nouvelles questions, elle doit elle aussi continuer à s'informer. Ses cours ne seront donc jamais identiques.


  CHANSONS YIDDISH

interprétées a capella par Monique Hyenne-Burko

CD, réf. FCE 208/013

Ce disque a été réalisé en hommage à ma mère, qu'on appelait "Madame Anna" au patronage et en colonie de vacances. C'est elle qui nous a appris à lire et à écrire le yiddish, à aimer cette langue savoureuse. C'est elle qui nous a appris des chansons et des poèmes. Aujourd'hui, en les rassemblant je prends conscience de toute leur richesse.

Ces chansons relatent les étapes de la vie et reflètent toute sa diversité. Elles racontent aussi bien la douceur des souvenirs d'enfance que les bagarres, l'amour mais aussi le mariage arrangé, la gaieté des fêtes, l'aspect religieux, mais également l'engagement politique et le travail. Toutefois, la vie ne peut être séparée des grands moments de l'histoire. Ces chansons évoquent aussi l'avènement de la société industrielle et les persécutions de la deuxième guerre mondiale. Il en émane une grande justesse de vue, beaucoup de vitalité, de l'humour et de la poésie. Ces chansons témoignent d'une culture qui fut quasiment anéantie par le nazisme.

Comme pour les souvenirs qui ne peuvent plus être vérifiés auprès de ceux qui savaient et ne sont plus, il reste des trous, des doutes sur certaines phrases et des fragments que nous avons conservés précieusement.. Pour parer à l'oubli total, nous avons décidé d'enregistrer ces chansons...


Poésie

SPRING

Spring might come one day.

Behold the white fields,

The crows that hover wide,

The surly faces hurrying past.

Spring is nigh.

Beneath the hoary shroud

Lie thousand treasures hidden.

Spring might come one day.

Await in silence the marvels of a new sun on a new earth.

Your joy will be the joy of the world.

A smile on every face will be your solace.

Spring is not in May,

Spring is yours to take and for all to see in ourselves concealed.

JEROBOAM

Et tout d’un coup

Et tout d'un coup c'est une formidable envie

de vivre qui s'empare des hommes

Et tout d'un coup ils veulent vivre debout

sur l'horizon et la poitrine ouverte

et solennels comme des monuments

Et tout d'un coup ils veulent vivre et ils savent

que c'est possible

et ils se dressent, gigantesques

Et tout d'un coup tout est possible et qu'il suffit

de s'appuyer aux murs

pour les faire crouler

de tirer sur les chaînes

pour les briser

d'ouvrir les portes

Et tout d'un coup le peuple se redresse et se

croise les bras

il se regarde et prend mesure

de ses forces illimitées

et il sourit

Et tout d'un coup et d'heure en heure

l'exaltation se propage sur les réseaux

et les enfants discutent de l'avenir du monde

(André Benedetto,

Les Poubelles du Vent)


A l’affiche

Pro & Contra

CD FCE, réf. 208/031

Goulnora Soultanova, piano

Goulnora Soultanova commence ses études de piano à l’âge de sept ans, à Tachkent (Ouzbékistan). Elle y obtient à la fois son diplôme de pianiste de concert (solo et musique de chambre) et son diplôme d’enseignante.

Le troisième prix du concours «Jeunes Talents» lui revient en 1978. Dans les années qui suivent la jeune musicienne décroche des premiers prix aux concours «Interprétation de musique contemporaine» (1979) et «Concert avec orchestre» (1982).

Tour à tour, elle est membre de la Philharmonie Nationale, «Konzert-meister» à l’Orchestre Symphonique National Ouzbek et répétitrice au Conservatoire de Tachkent. Des tournées de concert la conduisent à travers l’ancienne Union soviétique, en Corée, en Slovaquie, en Allemagne et en Belgique.

Depuis qu’elle vit à Luxembourg, elle a donné plusieurs récitals: Banque de Luxembourg, Golf Club de Luxembourg, Ville d’Ettelbruck, Fondation Pescatore, Ville de Differdange...

Elle donne des leçons de piano particulières à des jeunes et à des adultes de tout niveau. Pour être tenu-e au courant des activités et concerts de Goulnora Soultanova, envoyez vos coordonnées à FCE.

A côté de classiques comme la seconde sonate de Sergey RACHMANINOV (dans sa version de 1931), cinq préludes de l’opus 11 et la Valse no 4 d’Alexandre SCRIABINE, les Consolations nos 1-3 de Franz Liszt, le présent album comprend aussi des oeuvres contemporaines qui méritent des précisions.

La Sonate no 2 (Andante moderato) du compositeur tatare Roumil VILDANOV, créée par Goulnora Soultanova et présentée ici, sauf erreur, comme premier enregistrement mondial, est d’une grande richesse expressive. Son atmosphère particulière de tension calme nous laisse deviner le talent de son auteur qui a composé de la musique de chambre, des oeuvres symphoniques (concerto pour piano), de la musique de scène et de cinéma.

Homme d’une grande sensibilité et gentillesse, enseignant au Conservatoire de Tachkent, Vildanov succomba, en 1987, à une crise cardiaque dans un hôtel moscovite, âgé seulement de 48 ans. Vildanov fut le maître à penser des deux autres compositeurs contemporains présents sur ce CD.

Alexander PESCHENIUK, ukrainien né à Tachkent en 1957, vit actuellement en Israël. Dans sa partition datant de 1986 Prélude, Canon et Fugue sous-titré «Fin de l’Eternité», il exprime son effroi devant un avenir destructeur: le choc de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl se révèle dans chaque note. Jusqu’à présent il a composé de la musique de chambre, un concerto pour piano, ainsi qu’un concerto pour voix (mezzo) et orchestre.

Eola PACK, née (en 1962) et vivant à Tachkent, est compositrice de concertos pour piano (2), de musique de chambre, de scène et de cinéma. Elle a dédié son clin d’oeil contrasté Pro & Contra à Goulnora Soultanova. Signalons que l’enregistrement de cette brève page, virtuose à l’extrême, figure au palmarès du Concours ‘97 des «Chasseurs de Son» (catégorie ‘musique rare et exceptionnelle’) de Radio France - France Culture.


Feuilleton

LA BOURSE AUX RÊVES

Jacques Traum

Er sass an seinem Schreibtisch vor dem grossem Fenster. Vor ihm lag ein blendendes, weisses Blatt Papier, das die letzten glühenden Strahlen der Nachmittagssonne widerspiegelte.

Er hielt zögernd seinen Kugelschreiber, als dächte er nach. Bald fing er an heftig zu schreiben.

Draussen, in einer Lücke zwischen den Hochhäusern, war ein Fetzen graublauer Himmel zu sehen. Der Lärm des Strassenverkehrs war kaum auszuhalten. Trotzdem fühlte er sich verpflichtet zu schreiben, das schneeweisse Feld des Blatts zu schwärzen. Einzelne Wörter und bald ganze Reihen von Sätzen tanzten vor seinen müden Augen... Die Buchstaben stürmten wie Wahnsinnige. Para-graphen nach Para-graphen türmten sich.

Allmählich verschwand der trübe Dunst des Septembertages. Ein Zipfel Grün tauchte am Fusse der Hochhäuser auf. Man hörte das Geschrei der Kinder. Der Mann schrieb weiter.

Silvaine ARABO

Seine Schrift war ein bisschen ruhiger geworden. Alles ging jetzt langsamer vor sich. Nach jedem Satz hielt er einige Sekunden inne und blickte auf die Pappeln, die mit ihrem frischen grünen Laub die starre Fassade der Hochhäuser fast versteckten. Als der Mann wieder anfing zu schreiben, schien die Fassade langsam zu verschmelzen. Die leeren Scheiben spiegelten nur das Gras und die Pappeln wider und lösten sich bald in eine Wiese auf. Man hörte das Piepsen der Möwen, die den Wolken wie befreite Seelen zusegelten. Die Kinder, von einem alten Mann gefolgt, der vor einigen Minuten seine Wohnung verlassen hatte, reihten sich, als wollten sie einen Reigen tanzen.

Auf dem Radweg, der am Rand der Wiese entlang lief, radelte ein junges Mädchen mit langen schwarzen Haaren und rotem Kleid. Sie sass auf einem hohen schneeweissen Fahrrad und lächelte den Kindern zu. Die Sonne ging gen Westen unter und verschwand hinter den dunkelblauen Hügeln. Die letzte Glut war ein Zeichen, dass alles sich noch verwirklichen könnte...

JEROBOAM


Nouvelles mondialistes

en vrac...

pour

internautes stressés

Le 4M (Mouvement Mondial des Militants Mondialistes) change l’adresse de son secrétariat: c/o Jean-François CLET, 70 rue des Plantes, F-75014 PARIS. A la réunion d’Oslo du 10 janvier 1998 il a été décidé d’ouvrir un site sur Internet. Affaire à suivre.

Grâce à la Fête de l’Internet organisée par VECAM (Veille européenne et citoyenne sur les autoroutes de l’information et le multimédia, 21 bd. De Grenelle, F-75015 PARIS) , les associations citoyennes se rassemblent de plus en plus. Tapez WWW.GLOBENET.ORG/VECAM pour découvrir «des associations à connaître» (dont une page de présentation des activités FCE) ainsi que les nombreuses possibilités d’échanges qu’offre VECAM.

Alain CAVELIER de Rennes signale par e-mail un forum intéressant à inspecter par les internautes-citoyens: FR.SOC.ALTERNATIVES. Ce groupe a pour fonction d'informer, de discuter et de réfléchir sur les alternatives possibles, de caractère démocratique et non violent, aux systèmes économiques et politiques actuels, et en particulier la société industrielle et marchande.

Il est également possible de lire via Internet le manifeste mondialiste Plattform Planet Erde publié par la WeltBürger-Initiative c/o Richard MAXHEIM, Soterstr. 35, D - 54295 Trier, e-mail: 06722971328-0001@t-online.de:

HTTP://HOME.T-ONLINE.DE/HOME/06722971328-0001/WBI.HTM.

Pour approfondir vos connaissances sur CERVANTES (cf. page 6) ou voir de jolies images et caricatures sur le sujet, jetez un coup d’oeil à la page: HTTP://CSDL.TAMU. EDU/CERVANTES.

Pour vous reposer et passer un bon moment dans un lieu de poésie rendez-vous à la belle p(l)age culturelle de Silvaine ARABO, d'où vous aurez accès à d’autres jardins secrets qui peuvent vous faire rêver:

HTTP://WWW.MYGALE.ORG/01/MIRRA/PAGEDESILVAINE.HTML.

Ces suggestions, et d’autres, vous les trouverez aussi sur le site INTERNET des FCE:

HTTP://WWW.ALTERN.ORG/FCE. Profitez de l’offre d’inscription gratuite pour les futures informations diffusées par le réseau FCE électronique.


Les CD FCE sont disponibles (dans la limite autorisée par les artistes) par virement de 750.- Flux (ou équivalent), avec mention de la référence, au CCP Luxembourg no 46956-08 de FCE

Tout don d'un minimum de 500.- Flux donne droit à l'envoi d'un disque compact contenant un échantillonnage des réalisations de FCE


Contribution/participation au présent numéro:

Harold S.BIDMEAD, Georges KRASSOVSKY, Jean VERSTRAETEN, Monique & François HYENNE, Alain CAVELIER, Le Corsaire.

Multiplications: souhaitées.

Reproductions partielles: autorisées avec mention de la source "FCE, BP 208, L-2012 LUXEMBOURG" ainsi que, le cas échéant, des autres sources mentionnées.

Layout: 24 mars 1998 (original sur papier-couleur, 98-1)

Rédaction: fce@altern.org