Opinion


Les entraves au mondialisme

par Georges Krassovsky

Comment peut-on ne pas être d'accord avec [les options mondialistes]? - Il y a là, à la fois une affirmation de l'Unité Humaine et une ébauche de solutions à tous les problèmes et conflits consécutifs à la division de l'humanité en Etats souverains. C'est tellement logique et sensé! C'est du bon sens même, du "sens commun"! Mais alors, comment se fait-il que tout le monde ne soit pas mondialiste? Qu'est-ce qui empêche l'adoption du mondialisme par tous les Etats de la planète? Quelles sont les entraves à sa réalisation? - Si nous parvenions à répondre à ces questions et à y voir clair, nous pourrions peut-être, par cela même, hâter l'avènement d'un Monde Uni.

Me considérant depuis toujours Citoyen du Monde, j'ai beaucoup réfléchi à ce sujet et ma conclusion est qu'il existe actuellement trois principales entraves à la mondialisation effective des grands problèmes qui se posent à l'humanité en cette fin de siècle:

1) Il y a dans tous les pays du monde un certain nombre de personnes qui tirent des avantages substantiels de la division du monde en Etats souverains et, notamment, celles qui ont pour charge de les gouverner. Ces personnes ont le plus souvent accédé au pouvoir parce qu'elles en avaient le goût. Aussi, elles n'ont évidemment pas envie que ce pouvoir soit tant soit peu remis en question ou diminué. Il n'y a, par conséquent, rien d'étonnant qu'elles fassent la sourde oreille lorsqu'on parle de mondialisme et que parfois même elles le combattent au nom des "intérêts supérieurs" de l'Etat et de la Nation. L'ennui, c'est que dans certains cas, ce parti pris "nationaliste" trouve une sorte de justification du fait qu'il existe une deuxième entrave au mondialisme qui est:

2) Une disparité économique criante entre les Etats riches et les Etats pauvres, notamment entre ceux de l'Europe de l'Ouest et de l'Europe de l'Est et, grosso modo, entre le Nord et le Sud. On comprend fort bien que la majorité des habitants des pays dits "nantis" ne souhaitent pas du tout que les frontières de leur pays soient ouvertes toutes grandes aux ressortissants affamés du tiers-monde. Ce serait pire qu'une invasion de sauterelles et cela aboutirait à brève échéance à ce que tout le monde, y compris les nouveaux venus, soient plongés dans la misère la plus noire avec son cortège habituel de violences et de crimes.

3) L'expérience prouve qu'une bonne entente n'est possible qu'entre les Etats à régime démocratique et dans lesquels sont au moins respectés les Droits de l'Homme relatifs à la liberté d'expression. Or, actuellement, c'est encore loin d'être partout le cas. Et comme les Etats totalitaires sont, par leur essence même, hostiles à une quelconque limitation de leur souveraineté... on n'est pas près d'être sortis de l'auberge!

Tels sont les faits. On aurait toutefois tort d'en déduire que les mondialistes poursuivent un idéal qui ne saurait être atteint, qu'ils proposent une "utopie" qui ne pourra jamais être réalisée. Un tel pessimisme est sans doute injustifié. Une union à l'échelle planétaire est possible, mais pour y parvenir il ne suffit pas de prêcher les bons sentiments de fraternité et de solidarité humaine. Il faut oeuvrer pour faire disparaître les entraves qui empêchent sa réalisation. La prise de conscience de ces entraves nous indique en même temps la voie à suivre. Ou, plus exactement, trois voies, à la fois distinctes et convergentes.

1) Contribuer à l'élévation du niveau intellectuel et culturel des masses, afin qu'il y ait davantage de gens qui apprennent à penser par eux-mêmes et qui échappent, de ce fait, aux manipulations d'habiles démagogues qui cherchent toujours à "diviser pour régner". Leur "règne" prendra fin de lui-même lorsqu'il y aura moins d'adultes "infantiles" pour les suivre. C'est donc une question de maturité et cela dépend essentiellement de l'éducation que l'on donne aux enfants. Or, on conviendra qu'il y a beaucoup à faire dans ce domaine, si l'on veut que l'école devienne réellement un "instrument de paix". C'est tout un art de former les enfants sans les déformer.

2) Oeuvrer au relèvement économique des pays dits "en voie de développement". Ce qui est un euphémisme lorsqu'il s'agit des pays dont la population souffre de la misère et de la faim. Une aide "humanitaire" dans certains cas extrêmes est, certes, la bienvenue, mais la vraie solution consiste à ce que ces pays n'aient plus besoin de l'étranger pour satisfaire les besoins essentiels de la population. Le désarmement de ces pays - sous la garantie de l'O.N.U. en cas d'agression - pourrait y contribuer grandement, car cela permettrait de hâter la formation de cadres et l'application des progrès techniques. Il faut veiller toutefois à ce que ce relèvement du standing de vie des couches sociales les plus défavorisées n'aille pas aux dépens de l'environnement. Et là, les mondialistes auraient un rôle de premier plan à jouer, en proposant une législation mondiale et supranationale de défense de l'environnement.

3) Promouvoir la démocratie partout où elle n'est pas encore instaurée et la défendre partout où elle est menacée. Or, pour qu'une union à l'échelle planétaire puisse se réaliser, il est impératif qu'au préalable la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme soit universellement adoptée et appliquée. C'est vraiment une condition sine qua non.

Il ressort de ce qui précède que l'adhésion au mondialisme implique forcément le soutien aux actions politiques en faveur d'une éducation humaniste, du tiers-monde, de la paix, du désarmement, de l'environnement, de la démocratie, des Droits de l'Homme et du Droit des Peuples à disposer d'eux-mêmes. Vaste programme, mais aussi combien indispensable si l'on souhaite que le beau rêve d'une Fédération Mondiale des Peuples Libres soit un jour autre chose qu'une chimère.

(source: Le Nouvel Humanisme no 53, B.P. 164, F-75664 PARIS Cedex 14)

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