La pensée fédéraliste


Albert EINSTEIN

(1879-1955)

d’après Otto NATHAN

Albert EINSTEIN était un militant infatigable de la paix. Il était toujours conscient de ce que la paix et la souveraineté nationale sont deux notions antinomiques et qu’une lutte pour la paix ne peut réussir sans un changement culturel radical. Il écrivait le 23 mai 1946, dans un télégramme envoyé à plusieurs centaines d’Américains éminents, faisant appel à des contributions pour le compte de l’Emergency Committee of Atomic Scientist: « Le pouvoir débridé de l’atome a tout modifié sauf nos modes de pensée, et c’est pourquoi nous dérivons vers une catastrophe sans précédent. »

Le monde n’a pas tenu compte de cet avertissement. Ses paroles sont demeurées ignorées tant des hommes politiques que des intellectuels et de la majorité de la population.

Einstein était internationaliste de nature; il détestait à l'extrême le nationalisme et le chauvinisme et rendait leurs excès responsables de beaucoup de malheurs de par le monde. Il déplorait l'existence des frontières politiques et leur impact insidieux et diviseur sur l'humanité. En tant que scientifique, il était partie prenante d'un travail qui, plus que tout autre, est nécessairement international en dépit des nombreux efforts (qu'il critiquait avec véhémence) en faveur du secret scientifique.

Lorsqu'en 1914 il se fit l'avocat de l'Europe unie, lorsqu'il accueillit avec plaisir la création en 1919 de la Société des Nations et en 1945 celle des Nations unies, Einstein en espérait l'intensification des relations culturelles et scientifiques entre les différents pays du monde. Mais sa croyance dans la nécessité d'une organisation du monde était plus encore inspirée d'une autre considération: Einstein avait depuis longtemps compris que le terrain de la paix internationale exigeait l'abandon partiel de la souveraineté nationale en faveur d'une organisation internationale dotée des institutions administratives et judiciaires, indispensables au règlement pacifique des conflits internationaux, et seule habilitée à maintenir une force militaire; il espérait que le Pacte de la Société des Nations et, plus tard, la Charte des Nations unies seraient, à temps, modifiés de telle manière qu'une organisation capable de maintenir la paix du monde voie le jour.

L'insistance d'Einstein sur le besoin d'une organisation mondiale appropriée a gagné en actualité avec l'accroissement du pouvoir de destruction des armes modernes. La fabrication de la bombe atomique et son utilisation en 1945 sur les villes japonaises rendit Einstein moins tolérant que jamais à l’égard des actions entreprises en faveur de la paix. Il n'a jamais cru que le désarmement par petits pas fût une politique efficace contre la guerre, une politique susceptible de jamais mener au désarmement total et à la paix; il avait la certitude qu'une nation ne peut s'armer et désarmer en même temps. Il en fut encore plus convaincu, après 1945, lorsque la possibilité de la guerre nucléaire menaça de destruction la race humaine. C’est durant ces années d’après-guerre qu’il devint un membre actif des mouvements pour un gouvernement mondiale. Il ne concevait pas le gouvernement mondial comme une institution supplantant les fonctions principales des gouvernements nationaux existants; il pensait plutôt à une organisation ayant une autorité limitée aux seules questions directement liées au maintien de la paix: toute atteinte au pouvoir souverain des nations membres serait limitée par les engagements de l’organisation internationale au service de la sécurité internationale. Einstein aurait été le dernier à plaider la mise en place d’un énorme centre de pouvoir dépassant les besoins spécifiques et immédiats. Il était en faveur de l’établissement d’un organisme supranational centralisé pour le seul objet de garantir la sécurité internationale; pour le reste il était un avocat énergique de la décentralisation.

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Bibliographie: O.NATHAN, H.NORDEN, Einstein on Peace, Avenel Books, New York, 1981. /source The Federalist , via Porta Pertusi 6, I-27100 PAVIA.)

[FCE no 95]

Manifesto RUSSELL-EINSTEIN (1955)

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