Edito 92


Les institutions [mondiales] actuelles (Nations Unies, F.M.I., G7) ne sont pas en mesure de contrôler et de diriger le mouvement d’intégration mondial” (Maurice BERTRAND)

L’ONU en question:

Réforme ou transformation radicale?

Comme le souligne Georges KRASSOVSKY dans son article “Une occasion à saisir”, l’ONU a certes été jusqu’à présent une organisation internationale sans l’existence de laquelle les choses auraient été encore pire, au cours de ces dernières cinquante années, qu’elles ne l’ont été.

Cependant la multiplication des conflits enregistrés depuis la chute du mur de Berlin et les échecs de rétablissement de la paix dans les territoires en guerre font plus que jamais réfléchir responsables internationaux et citoyens sur une réorganisation de la société mondiale. Différents projets de réforme sont évalués auprès de l’O.N.U. visant à apporter des palliatifs aux dysfonctionnements actuels.

Toutefois il apparâit que plus d’une centaine de modifications de la charte initiale s’avèrent nécessaires, ce qui amène des spécialistes reconnus des relations internationales, comme Maurice BERTRAND, à envisager une transformation radicale de l’ONU en la remplaçant par une “organisation de sécurité globale”, permettant une intégration mondiale réelle: vous trouvez ci-après des extraits essentiels de ce projet de charte. Le débat est donc ouvert à l’occasion des festivités du cinquantenaire des Nations Unies.

Il importe de se rendre à l’évidence que les structures mondiales actuelles n’ont pas réussi à entraver, et encore moins à éliminer, le mécanisme de compétition mondiale entre travailleurs des pays riches et travailleurs à très bas salaire des pays pauvres, ni le commerce des armes et l’entretien continu d’appareils militaires très performants.

J.P.

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Projet de Charte

Un projet de Charte a été réalisé par Maurice BERTRAND (spécialiste reconnu des relations internationales) et soumis à la discussion lors d’un séminaire organisé en février 1995 par l’auteur, qui a présidé le corps commun d’inspection des Nations Unies. Ce document de travail a pour objet de donner une idée relativement précise de ce que pourrait être une organisation mondiale d’un autre type que le système ONU-FMI-Agences spécialisées actuel.

(Extraits)

Préambule

Le temps est venu, après plusieurs expériences malheureuses, de s’attaquer avec réalisme à la construction progressive de la paix mondiale.

Les conditions sont réunies pour qu’une telle entreprise soit possible. Des progrès considérables ont été faits vers la reconnaissance universelle des droits de l’homme et des droits des peuples et de la nécessité de la démocratie. Les grandes puissances n’ont plus de revendications territoriales les unes à l’égard des autres. La majorité des gouvernements ont la volonté de recourir à la diplomatie pour résoudre les différends. Des progrès décisifs ont aussi été faits dans l’analyse et la compréhension des phénomènes sociaux, politiques et psychologiques qui provoquent les conflits.

Mais ces progrès eux mêmes permettent de mesurer l’importance des risques dus notamment au phénomène d’intégration, sur le plan économique et sur celui de la diffusion de l’information, d’un monde qui reste extrêmement diversifié en matière de développement économique et social, de cultures, de religions et d’idéologies.

Les nombreux conflits intraétatiques qui existent et qui se développent, l’importance croissante des flux de réfugiés et de migrants, la croissance de la population mondiale, les fléaux tels que la drogue et le sida, la détérioration de l’environnement, le développement d’idéologies intégristes, racistes ou fascisantes dans de nombreux pays, posent des problèmes graves qui ne peuvent être résolus qu’au niveau mondial.

Par ailleurs l’instabilité des cours des changes et les phénomènes spéculatifs qui en résultent, l’accroissement du chômage, des inégalités de revenus, et de l’écart entre régions pauvres et régions riches du monde créent des situations sociales dramatiques et des risques considérables de crise financière internationale et de disruption de l’économie.

Les organisations mondiales existantes ne permettent pas d’apporter de réponses satisfaisantes à ces problèmes. Elles ont certes rendu des services importants et quelquefois décisifs dans les progrès effectués en matière de coopération, de compréhension mutuelle et d’établissement et de diffusion de principes et de normes communes. Mais elles ne sont capables ni de permettre une concertation efficace sur les principaux problèmes mondiaux, ni de contribuer utilement à l’établissement de la sécurité et de la paix, ni de garantir la stabilité et le développement régulier de l’économie mondiale.

La “sécurité collective” de l’O.N.U. conçue comme un organe de répression des agressions, n’a jamais fonctionné et n’est pas capable de fonctionner. L’utilisation de Casques bleus au-delà de leur mission originelle de “maintien de la paix” pour tenter d’apaiser des conflits existants conduit à des échecs dramatiques. Le F.M.I. n’assure plus depuis longtemps le fonctionnement d’un système monétaire mondial. Enfin la Charte existante de l’O.N.U. est pratiquement irréformable en raison des conditions qu’elle pose elle-même pour l’approbation d’amendements.

L’établissement d’une organisation mondiale entièrement nouvelle et capable de répondre aux besoins du monde moderne s’impose donc. Elle doit être un organe de concertation permanente, d’établissement et de mise en oeuvre de stratégies de prévention des conflits externes ou internes, et de sécurité économique. Elle doit avoir pour objectif de faire des progrès concrets et planifiés pour la construction d’une monde pacifique, plus juste, plus démocratique et plus prospère. Elle doit disposer des ressources nécessaires à cette fin.

Chapitre I - Objectifs

Article 1

Par le présent Traité les gouvernements des pays signataires, munis de pleins pouvoirs reçus en bonne et due forme, ont décidé de créer une nouvelle organisation mondiale, qui se substitue aux organisations mondiales existantes, dans les conditions prévues à l’article 63. Elle prend le nom d’Organisation de sécurité mondiale.

Article 2

Les objectifs de l’O.S.M. sont les suivants:

- organiser entre les gouvernements des pays signataires une concertation permanente sur tous les problèmes qui ne peuvent être résolus qu’au niveau mondial et faciliter la définition des actions en commun qui en permettraient la solution;

- permettre aux représentants démocratiquement élus des peuples de ces pays ainsi qu’aux représentants élus de leur société civile d’établir un dialogue sur les mêmes sujets et de participer à l’élaboration des solutions;

- établir un consensus sur des principes communs et des règles de conduite communes en matière de droits de l’homme, des libertés fondamentales pour tous, des droits économiques et sociaux, des droits des peuples y inclus les droits des minorités nationales, de l’établissement de régimes démocratiques dans tous les pays, de réduction des armements et de transparence des appareils militaires ainsi que sur les mesures d’entraide mutuelle pour la réalisation des conditions permettant leur plein exercice;

- établir et gérer en commun un système de prévention des risques de guerres entre pays et de risques de guerres civiles à l’intérieur d’un même pays, et à cette fin établir et mettre en oeuvre des stratégies de prévention des risques de conflits et instituer une fiscalité internationale fournissant les ressources nécessaires pour agir sur les situations qui risquent de conduire à des conflits;

- faciliter au niveau régional le développement d’organisations capables de contribuer à l’établissement de la sécurité et au développement de la coopération économique et sociale;

- contrôler la régularité et la conformité aux principes acceptés des actions de maintien ou d’imposition de la paix qui pourraient être conduites par des organisations régionales;

- lutter contre des fléaux sociaux, l’ignorance, les maladies, la pauvreté et aider notamment à développer et à rendre efficaces les systèmes d’éducation;

- faire fonctionner un système monétaire mondial qui tende à stabiliser les changes et à faciliter la coopération économique, financière et monétaire internationale;

- faciliter la coopération scientifique et technique entre pays, notamment par le lancement de grands projets communs au niveau mondial (...)

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Tribune


The UN is not, and could never become, a global government. ” (Boutros Boutros Ghali, (UN Sec.Gen.) quoted in San Francisco Examiner, 27/6/95)

REPLACE THE "UNTIED" NATIONS

by Harold S.BIDMEAD

Dear reader, before swelling the thoughtless cheers marking UN's 50th anniversary, just look at the facts. Read the Charter and later amendments. Do not be misled by "WE THE PEOPLES ... HAVE RESOLVED".

The Charter is not a compact by the peoples of the world. It is a treaty among sovereign states attempting to legalize and constitutionalize world anarchy. Note that UN is charged with duties which the Charter debars it from performing.

The power is left in the hands of the devotees of national sovereignty, the parent of anarchy. Notice, too, that the UN consists solely of government puppets. The voting system disenfranchises all opposition parties, and - in important matters such as peace and war - all except the governments of the Great Powers. Read the list of members. It contains only a handful of democracies, outnumbered by states whose concern for human rights is expressed seldom in words and almost never in deeds. Ask yourself whether you would trust and obey an authority depending on the votes of e.g. Iran, Iraq, Libya, Tien-an-men Square China, Syria, Afghanistan, Albania, Indonesia, Burma, Pakistan, Rwanda, Somalia,.. (the list seems endless).

Consider Art. 108: The UN is incapable of legally converting itself into an acceptable (democratic) government. Out of the 185 member states, 124 (including China but excluding Taiwan) would have to be democracies before the UN could vote for government by the consent of the governed. To believe the UN can convert itself from a league into a benign government based on true law and consent of the governed is to expect miracles.

We must face up to the fact that the emperor has no clothes. I shall not repeat here the federalist arguments showing that the difference between a federation and a league is that between life and death.

Study the Charter and the history of the past 50 years and you will see for yourself. Listening to boasts that the UN, and not power politics alone, dominated the world scene during the past half century, one is reminded of the cock, arrogantly perched on its own little dunghill, proudly claiming credit for the sunrise. The mere existence of the UN probably delayed for at least a generation the evolution of a true peacekeeping organization for the world. Federalists were told: "Don't rock the boat! Give our new league a chance!" But we have no more time to waste. More than two centuries ago, the American colonists found such "radical, material, intrinsic and fundamental vices" in their League of Friendship that their inevitable conclusion was that the confederate system had to be scrapped and replaced by a federal constitution.

BEWARE A PRAETORIAN GUARD

To those who talk about reforming the United Nations, e.g. by improving its ability to reach and enforce decisions, I would say: All very well, but do not create a Praetorian Guard without ensuring that it will be under democratic control. Otherwise we have a super-league, what Alexander Hamilton described in the New York Packet of 14 December 1787 as "one of the most execrable forms of tyranny that human infatuation ever contrived."

WHAT WE NEED INSTEAD

The world must decide whether to re-create a worldwide international organization that cannot possibly be a government, or to devise an interpopular government that cannot at the outset cover the entire globe. One solution is permit the UN to continue its present role of diplomatic bourse - a debating society - and to construct alongside it a model of the new world order, designed on scientific lines.

In drafting the new constitution, it is essential to obey the natural laws of political science, including the principles of democratic federalism which have been constantly reiterated in these columns, in various languages:

An international government must derive its authority from the citizens; its laws must act directly on, and its parliament must be directly elected by the citizens; its powers must be explicitly restricted to international affairs only, all other powers being left with the national parliaments.

Despite the aspirations of the idealists, I cannot see world government arising like Venus fully grown from the waves. It will develop like any other natural organic thing, from an acorn, a foetus. To change the metaphor, we shall need a mock-up first - a prototype - a working model to serve as an example, an encouragement, an incentive to those outside.

The new system might be successful and powerful enough to guarantee human rights almost everywhere in the world, through a network of voluntary associations whereby aspiring democracies applied for the status of protectorates or dependencies (under more tactful names) of the federation.

The foregoing may seem like benevolent colonialism, but such a Pax Democratica would this time be based on the consent of the governed. Before it is too late we owe it to posterity to set up a supra-national authority based not on the league principle of government of states, by states and for states, but on the ideal of government of the people by the people and for the people, so that Mankind, under law, shall have a new birth of freedom, and shall not perish from the Earth.

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Action (cette action se répète chaque année à l'occasion de la semaine du désarmement)


UNE OCCASION A SAISIR

par Georges Krassovsky

voir aussi: Le Pacte de l'An 2000

La fin du mois d'octobre 1995 sera marquée par un événement qui aura sans aucun doute une résonance planétaire. Le 24 de ce mois aura lieu, en effet, la célébration du 50ième anniversaire de la fondation de l'Organisation des Nations Unies. On peut, certes, être d'avis différents sur le rôle et l'efficacité de cette institution mais on ne peut pas nier que, depuis 1945, elle est un lieu de rencontre des représentants de tous les Etats du monde et une tentative de régler pacifiquement les conflits qui opposent parfois certains d'entre eux. Ces efforts ne sont pas toujours couronnés de succès mais il est probable que s'il n'y avait pas l'ONU, ce serait encore pire.

Il y a par conséquent, de nombreuses raisons de se joindre à la célébration du cinquantenaire de cette organisation mondiale et de souhaiter qu'elle ait le plus grand retentissement possible. Mais ce n'est pas tout: du 24 au 30 octobre prochain se déroulera la SEMAINE MONDIALE POUR LE DESARMEMENT, placée également sous l'égide des Nations Unies. N'est-il pas hautement significatif que cette Semaine débute à la même date que l'anniversaire de l'ONU? - Ce n'est certainement pas une coïncidence, c'est une preuve de l'importance que requiert le problème du Désarmement.

Il est relativement facile de prévoir tout ce qui marquera cette année la date historique du 24 octobre et la Semaine qui commencera le même jour: les médias seront mobilisés, M. Boutros Boutros Ghali lancera un vibrant appel à la Paix, plusieurs chefs d’Etats prononceront des discours allant dans le même sens, les ONG seront partout en effervescence, il y aura des concours de dessins d'enfants et des colloques. Tout cela est, certes, très bien, mais est-ce que ce sera suffisant pour mettre fin aux conflits en cours et prévenir ceux qui pourraient surgir dans l'avenir? - Il est permis d'en douter.

Il y manquera l'essentiel: la participation massive des "petites gens".

Il faudrait, pour bien faire, organiser un référendum à l'échelle mondiale qui donnerait à chaque "Terrien" adulte la possibilité de s'exprimer en faveur de la Paix et du désarmement. Grâce au progrès de la technique et de l'informatique, ce serait sûrement réalisable mais il est peu probable que, dans l'immédiat, les décideurs... s'y décident. Il y aurait toutefois un moyen de contourner cet obstacle en proposant un référendum d'un style absolument nouveau: sans bulletins de vote et sans urnes. Pour le promouvoir sur toute la surface du Globe, il suffirait de convenir d'un signe qui permettrait à chacun d'exprimer "en direct" son aspiration à vivre dans un monde sans armes, un monde dans lequel la vie et la dignité de tout être humain seraient respectées et sauvegardées. Il s'agit donc de trouver un signe simple, qui soit partout à portée de main et qui puisse être perçu dans l'entourage de chacun. Eh bien, ce signe est tout trouvé: pour correspondre à tous ces critères, cela ne peut être qu'une feuille de papier ou un morceau d'étoffe de couleur blanche. Les vitres des fenêtres, les glaces des voitures, les vitrines des magasins sont autant de supports transparents parfaits pour les feuilles blanches, fixées en un tour de main à l'aide de scotch. Des bouts de rubans blancs peuvent être arborés à la boutonnière ou épinglés au corsage, des morceaux de tissu blanc accrochés aux balcons et aux balustrades. Chacun a la possibilité de se manifester de la sorte et cela a l'avantage de ne demander ni effort, ni adhésion, ni dépenses.

Afin que personne ne puisse interpréter l'utilisation de la couleur blanche comme un signe de capitulation (alors qu'en l'occurrence c'est exactement le contraire!), rien n'est plus facile que de dessiner sur le fond blanc le symbole bien connu du désarmement et de la paix n'importe quel objet rond permet de tracer un cercle et on y inscrit trois traits (...).

Voilà ce qui, dès le 24 octobre prochain et pendant une semaine, devrait permettre aux citoyens et aux citoyennes de tous les pays de faire comprendre à leurs dirigeants qu'il est grand temps de remplacer l'usage de la force par des négociations et de mettre un terme aux folles dépenses pour les armements afin de s'occuper enfin de choses sérieuses: l'éradication de la misère, la lutte contre les pollutions, l'accès pour tous à la culture et aux loisirs. Or, il est hors de doute que ce sont bien là les aspirations des hommes et des femmes sous toutes les latitudes. Et comme, par ailleurs, tous les gouvernements prétendent être “démocratiques ”, ils devraient tenir compte de la volonté des peuples, exprimée d'une façon aussi spectaculaire et irréfutable.

Se déroulant à l'occasion du Cinquantenaire de l'ONU et de la Semaine de l'ONU pour le désarmement, à travers les pays les plus divers, grands et petits, riches et pauvres, développés ou en voie de développement, l"'opération" proposée pourrait bien inaugurer une ère nouvelle dans les relations internationales et sans doute empêcher les catastrophes et les désastres qui ne manqueront pas de se produire si l'humanité continue à vivre sur un pied de guerre. Marquée de la sorte, la Journée du 24 octobre pourrait bien devenir une grande fête annuelle de l'Unité Humaine. Une fête dont chacun de nous aura été l'artisan en... collant une feuille blanche à sa fenêtre! Tout simplement!

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Les autres Editos

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