Edito no 89


Que l'on s'imagine ce que ceci veut dire: la santé, la liberté, le bonheur, l'amitié, la sagesse pour ainsi dire sur toute la terre. Si seulement nous voulions, en une génération nous pourrions atteindre le millénium."

(Bertrand RUSSELL)

Le citoyen actif est le coeur de la démocratie

Dans le numéro 88 nous avons tenté de nous rapprocher des principes essentiels du fédéralisme et nous avons souligné l'importance de la démocratisation des pays pour avancer sur la voie d'un fédéralisme mondial.

Pour atteindre cet objectif, il est primordial de reconnaître le rôle que peut jouer chaque être humain en tant qu'individu moralement autonome avec ses "droits" fondamentaux à la liberté, à la dignité, son droit à l'objection et le droit d'être soi-même; droits qui impliquent aussi les "devoirs" d'être solidaire vivant en communauté avec des milliards de "concitoyens planétaires".

Même dans les démocraties occidentales, les systèmes politiques sont inadaptés aux révolutions de l'intelligence et des nouvelles techniques de communication; la vie politique laisse passifs les citoyens et partant s'aliène un incroyable réservoir d'énergies disponibles. Néanmoins, dans le contexte des montées menaçantes de racismes et d'intégrismes de tout genre, tant des citoyen(ne)s que des mandataires politiques prennent conscience de la grande fragilité des systèmes représentatifs, de la réciprocité fondamentale de la responsabilité et partant de la nécessité de faire participer un plus grand nombre au développement de la démocratie.

La seule critique massive et omniprésente à l'égard des élus - évidemment il y a parmi eux de nombreux irresponsables, auteurs de tragiques bouffonneries inacceptables - comporte les dangers de l'arbitraire, du totalitarisme. Il faut plutôt admettre qu'il n'y a pas que les élus qui sont politiquement responsables mais les citoyens dans leur ensemble. Des élus avertis, conscients de ces enjeux (souvent eux-mêmes des anciens citoyens actifs!), se félicitent même de leur contact étroit avec les citoyens, leurs électeurs: alors n'hésitons pas à prendre des initiatives pour nous mêler, avec les innombrables moyens d'intervention à notre portée, des affaires et questions internationales qui nous concernent tous! La politique n'est, après tout, pas autre chose que l'art des relations publiques d'hommes et de femmes avec d'autres femmes et hommes.

Nous nous devons, dans notre propre intérêt, de corriger les déficiences démocratiques plus ou moins graves où une minorité de "petits malins" et de "paranoïaques", selon les termes de Georges KRASSOVSKY, trouvent leur profit.

Un devoir particulier consiste, dans les nombreuses situations que nous vivons quotidiennement, à renforcer les tendances positives par notre réflexion consciente, inspirée par exemple des principes éthiques de la Charte des Devoirs du Citoyen, et par notre participation active. La participation active est aussi le meilleur remède contre l'épidémie de la résignation.

J.P.

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DE LA DEMOCRATIE

par Georges KRASSOVSKY

L'institution de la démocratie dans un pays implique toujours l'existence de plusieurs partis politiques car là où il n'en existe qu'un seul cela mène inévitablement au régime totalitaire. Dans un pays démocratique, les représentants des partis constitués - avec leurs programmes et leurs mots d'ordre - se présentent périodiquement devant les électeurs et ce sont ces derniers qui, par leur vote, décident qui aura pour charge de gouverner le pays pendant un laps de temps déterminé.

Ce régime démocratique, dit "parlementaire", est parfois complété par la démocratie directe qui s'exerce par voie de référendum, mais dans un cas comme dans l'autre, c'est la majorité des voix, obtenues au cours d'une consultation populaire, qui est toujours déterminante.

La démocratie - c'est-à-dire le pouvoir du peuple - est, par conséquent, en fait le pouvoir de la majorité et même, plus exactement, de ceux qui représentent cette dernière. Winston Churchill, qui était un homme d'esprit, a dit un jour que, selon lui, la démocratie est le régime politique le moins mauvais. Oui, justement, le "moins mauvais" et non "le meilleur", du fait que l'exercice du pouvoir attire forcément toutes sortes de gens que l'on peut classer en trois catégories:

1) Ceux qui ont la vocation de se consacrer au service public et au bien-être de leurs concitoyens. Selon eux, la politique devrait être toujours conforme aux principes moraux qu'ils professent. Je crois, pour ma part, que cet état d'esprit est bien celui de la plupart des candidats qui se présentent aux élections. Ils devraient toutefois insister davantage sur l'importance du critère éthique, en créant, par exemple, un parti qui s'intitulerait le Parti des Honnêtes Gens. Le trait distinctif des leaders d'un tel parti devrait être le refus de tout privilège et même leur acceptation anticipée d'être soumis pendant toute la durée de leur mandat à des conditions de vie rudes, quasi spartiates. Ce serait la meilleure preuve de leur sincérité et cela présenterait l'avantage d'éliminer les candidats de la deuxième catégorie qui sont:

2) "Les petits malins" pour lesquels le pouvoir n'est qu'un moyen de faire carrière et de profiter, ne serait-ce que provisoirement, des avantages qu'il procure. Aussi, n'y a-t-il rien d'étonnant que la présence de ces énergumènes dans les rouages de l'Etat y amène la corruption, la fraude, les pots de vin, les tractations avec la maffia, etc. Bref, l'ensemble des pratiques qui jettent un discrédit sur la classe dirigeante dans son ensemble et préparent le terrain pour la troisième catégorie des candidats aux postes de commande. Une catégorie extrêmement dangereuse car elle porte en elle la négation et la suppression du principe même de la démocratie. Ce sont:

3) Les paranoïaques, c'est-à-dire des psychopathes mégalomanes assoiffés de pouvoir et prêts à tout - y compris aux crimes - pour y accéder et s'y maintenir. Ces "possédés" sont souvent fort intelligents et savent très bien manipuler les gens en les dressant les uns contre les autres, suivant le conseil bien connu de Machiavel: "Diviser pour régner"! - Il est toutefois à signaler qu'à l'encontre de la catégorie précédente, ces maniaques ne cherchent pas un quelconque profit matériel. Ce sont avant tout des fanatiques pour lesquels le but qu'ils poursuivent - généralement "élevé" et auquel ils croient justifie les moyens les plus abjects, les plus cruels, pouvant aller jusqu'à l'assassinat de ceux qui essaient de leur résister. L'histoire abonde en de tels exemples et notre époque n'en est - hélas! - pas exempte. Et cela continuera tant qu'une foule de gens se laisseront duper et tomberont dans le piège des pseudo-démocrates qui n'utilisent le système démocratique que dans le but d'accéder au pouvoir et d'instaurer un régime totalitaire dans lequel ils comptent jouer (et pour longtemps!) un rôle de premier plan, celui de dictateur. Oui, on peut dire qu'ils n'utilisent la démocratie que pour la supprimer. Aussi, il est essentiel de comprendre qu'ils ne peuvent arriver à leurs fins qu'à condition d'être suivis par une masse de gens. On peut les comparer à des unités dont l'importance croît en fonction du nombre de zéros qui les suivent (1.000.000, etc.). Et c'est justement là qu'apparaît toute la responsabilité des électeurs. Ils doivent être vigilants, ne pas se laisser manipuler, emberlificoter, bref ne pas être des zéros, des nullités!

Et, bien sûr, il ne faut en aucun cas voter pour ceux qui respirent la haine et appellent à la violence, car ce sont précisément là les traits distinctifs de tous les paranos. Un tel discernement de la part des électeurs implique toutefois chez eux la présence d'un esprit critique et d'une indépendance de jugement qui ne sont - hélas! - pas encore l'apanage de tout le monde. Loin s'en faut! Dans de nombreux pays, le niveau culturel et économique de la population est encore trop bas pour que la démocratie puisse s'y installer et s'y maintenir. Il n'empêche, c'est vers elle qu'il faut s'orienter, étant donné que la démocratie même imparfaite, fragile, vulnérable, est tout de même toujours préférable à l'ordre totalitaire le plus "parfait" mais qui bafoue les Droits de l'Homme et ne se maintient que par la terreur. Ne pas l'admettre et chercher à y mettre fin là où c'est le cas constitue le principal problème de notre temps. Si nous y parvenons, tout le reste nous sera donné par surcroît, car cela signifiera que le bon sens et l'humanisme auront partout triomphé.

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Droits et Devoirs du Citoyen

Face aux interrogations liées au devenir de l'Humanité, et auxquelles seuls les hommes et les femmes peuvent répondre, un groupe de citoyens a élaboré un document significatif en forme de charte, afin que chacun de nous soit conscient de ses DEVOIRS dans la société qu'il crée.

A l'issue de ce travail et hors de toutes limitations philosophique, politique et religieuse, s'est constituée, en France, une association du nom de "Droits et Devoirs du Citoyen". Son objectif est de faire prendre conscience que nous - en tant que citoyens - avons des DEVOIRS envers chacun pour le mieux-être de la société, et cela par le biais de la diffusion de la "Charte des Devoirs du Citoyen". En annexe (version papier!) vous trouverez un exemplaire "de luxe" de la Charte que vous pouvez encadrer et embellir ainsi vos intérieurs, bureaux et autres locaux fréquentés.

Charte des Devoirs du Citoyen

L'Homme a des droits, mais pour tout citoyen ces droits impliquent des devoirs.

Chaque citoyen est unique et indissociable de l'Humanité.

Responsable, le citoyen oeuvre au Bien Commun.

Le citoyen est le coeur actif de la démocratie.

Le citoyen a le devoir:

De considérer libres et égaux en dignité et en droits tout homme, toute femme et tout enfant.

D'appliquer un esprit de fraternité, sans distinction de couleur de peau, sexe, langue, religion, opinion politique ou autre.

De respecter et de défendre la vie, la liberté, la sécurité de tous.

De prendre conscience que chaque vie est égale à la sienne et de protéger, de préserver celle de la planète sous toutes ses formes.

De respecter la vie privée, familiale, professionnelle de chacun ainsi que son honneur et sa réputation.

De prendre part librement à la vie culturelle, sociale, politique, en toute conscience pour le bien de tous.

De favoriser la compréhension, la tolérance, entre les nations et au sein des peuples pour le respect des appartenances culturelles, éthiques, religieuses, dans un esprit de démocratie directe et de paix pour l'Humanité toute entière.

De soutenir, diffuser, alimenter, faire vivre en les pratiquant les devoirs et libertés énoncés dans la présente Charte.

De mettre en application ces devoirs au quotidien, en tous lieux, à tout moment, pour que vivent les Droits de l'homme, de la femme, de l'enfant, de par la planète.

Si vous adhérez à l'esprit de la Charte, vous pouvez photocopier le document en écrivant vos nom, prénom, adresse et en le signant pour marquer votre soutien et le retourner soit au siège soit à la correspondante FCE de l'association: c/o Andrée HAVEZ, 24-26 rue de St-Léger, CH-1204 GENEVE.

Vous pouvez participer financièrement à la diffusion du document en permettant de couvrir les frais d'impression (5.- FF minimum souhaitables).

Adresse du siège: Association des Droits et Devoirs du Citoyen, c/o Christian CARTI, Quartier de la Chine, F-40280 BENQUET.

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Les autres Editos

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