Note de la rédaction: Il est légitime de penser que ce genre d'hypothèse n'est pas crédible et ne convient pas. Gandhi a vécu à une époque bien précise, dans un contexte particulier. Il n'appartient à personne de le mettre à la place du Président des Etats-Unis. On aurait pu imaginer une personne, président ou simple citoyen, s'inspirant de l'action du Mahatma. Comment peut-on, aujourd'hui, mettre en oeuvre dans le contexte où nous vivons, les idées de Gandhi et s'inspirer de son action dans un esprit de non-violence. Quelles sont les possibilités ? Comment peut-on utiliser tous les médias, et particulièrement la télévision et la toile informatique, pour répandre des idées positives de recherche du compris, d'apaisement des tensions, d'aide aux déshérités, de programmes de développement bien ciblés etc. ?
Les mots sont impuissants à décrire l’horreur ressentie par des millions de personnes aux Etats-Unis. Beaucoup plus que la destruction de quelques immeubles prestigieux et de lieux de pouvoir ou le choc psychologique pour les Américains, c’est la dimension humaine de l’attentat qui a engendré la colère. La nécessité de réagir était parfaitement compréhensible.
Toutefois, comme c’est souvent le cas dans la plupart des tragédies humaines, les réactions précipitées sont en général mauvaises et vont à l’encontre de l’effet recherché.
Il convient de faire preuve de patience et de courage pour aboutir à une solution permettant d’obtenir des résultats de longue durée. Comment Gandhi aurait-il réagi à cet attentat ignoble s’il avait été à la place de George W. Bush ?
En premier lieu, il n’aurait pas parlé “de guerre entre le bien et le mal”. Gandhi n’aurait en effet certainement pas pensé que tout le mal venait d’un seul côté. Il ne se serait pas placé au même niveau que les assassins et ne se serait pas prêté à leur jeu.
Bien au contraire, il aurait pensé que tout homme recèle une part de mal et de bien. Grâce à un examen de conscience approfondi, Gandhi aurait pu découvrir les raisons de ces attentats et sa propre part de responsabilité dans cette catastrophe.
Le pays qui avait pris la tête de la lutte pour la liberté, contre le nazisme et le fascisme est devenu ces derniers temps plus sélectif. Il critique l’action des Nations Unies et d’agences spécialisées telles que l’UNESCO. Il essaie d’obtenir l’annulation ou l’ajournement de traités et d’accords importants et renie certains engagements importants sans raisons vraiment valables.
Au cours des années 60 et 70, l'Amérique était synonyme de CARE et de distribution d’aide. Elle était considérée comme une puissance amicale. En revanche, actuellement, les Etats-Unis sont considérés par beaucoup comme les amis des riches et les complices de ceux qui attaquent les pauvres, les paysans, les minorités. Gandhi se serait sans doute demandé si ce comportement est dans l’intérêt du rôle que les Etats-Unis entendent mener dans le monde.
Ayant procédé à un examen de conscience approfondi, Gandhi se serait retourné vers les auteurs de ces crimes aurait fait appel à ce qu’ils ont de bon en eux. .
En tant que défenseur de la liberté et de la dignité humaine, il n’aurait pas plié devant les pressions des intérêts établis, des groupes de pression et de l’argent. Il aurait su que l’exécution de centaines de terroristes et le mort de milliers de personnes innocentes n’apportent aucune solution au problème. Il se serait attaché à éliminer les causes du terrorisme plutôt que les terroristes..
Personne, même pas la plus puissante armée du monde, ne peut venir à bout du terrorisme en anéantissant les terroristes. Le terrorisme qui blesse, estropie et tue les êtres humains est très répandu. Le terrorisme, comme toute maladie du corps social, a des racines profondes. Il ne faut pas seulement en considérer l’aspect visible mais aussi les origines structurelles. Comment peut-on faire l’impasse sur les souffrances d’environ 1,5 milliard de pauvres qui n’ont même pas l’essentiel pour vivre et sont en outre opprimés au nom de la libéralisation, de la privatisation et de la mondialisation ?
Tout cela ne veut pas dire qu’il faille laisser en paix les individus et les groupes qui sont à l’origine des attentats de New York et de Washington D.C., loin de là. Gandhi aurait pensé qu’il s’agissait d’un attentat contre l’humanité toute entière.
Gandhi aurait insisté pour que la violence ne réponde pas à la violence car cela ne résout jamais rien et ne fait que justifier la violence initiale.
Au lieu d’accroître les dépenses militaires,
ce qui serait loin d’aider les habitants de New York ou de Washington,
il aurait préconisé la mise en œuvre de programmes d’éducation
pour la paix et la justice. Au lieu de la loi de la jungle et du talion,
Gandhi aurait privilégié un mécanisme permanent au
niveau mondial permettant de déférer tous les coupables
à la justice. Il aurait été en faveur de la
mise en place d’un tribunal pénal international vraiment efficace,
solution d’ailleurs rejetée par de nombreux pays, y compris les
Etats-Unis. Il ne se serait pas soucié de sensationnalisme, de quotas
d’audience ou d’élections à venir.
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Notes de lecture
Les droits de l’humanité
… La seule souveraineté reconnue reste celle des Etats. Même les droits de l’homme sont nés dans ce cadre, afin de protéger les citoyens des excès de la puissance étatique. Passer des droits de l’homme aux droits de l’humanité suppose un changement de paradigme. Parler de « patrimoine commun de l’humanité » exigerait, au préalable, de mener tout un travail juridico-historique afin de voir dans quelles conditions cette notion d’humanité est apparue dans le droit : je crois que ce sont les « crimes contre l’humanité » qui ont provoqué le déclic… C’est d’ailleurs dans ce domaine que l’on observe le seul exemple d’une régulation mondiale non étatique : celui des tribunaux pénaux internationaux. Il y a peut-être là l’ébauche de ce que pourrait être une représentation non étatique de l’humanité…
Culture
: CRISE DU MEDIUM
Les artistes sont des médiums au sens philosophique du terme. En ce sens, il est sûr que les médias tendent à parasiter le rôle des médiums que sont les poètes… Nous sommes face à une crise du médium. Les médias ne sont pas seulement des mass media, ils sont la crise des médiums, c’est-à-dire des prophètes, des poètes, des penseurs…