Concepts et Critique de langue

Mondialisme et mondialisation

Force est de constater que même des philanthropes de France maltraitent la langue de Voltaire en confondant mondialisme et mondialisation.

Voilà que Bernard LANGLOIS, journaliste bien connu et méritoire, se voit critiqué pour avoir écrit dans l’éditorial du no 554 de la revue Politis : « Internationalisme et mondialisme : l’un est l’affaire des peuples, l’autre des multinationales. »  (Bulletin des Citoyens du Monde no 119, Paris).

Bien sûr que l’affaire des multinationales c’est la mondialisation économique (cf. aussi l’éditorial de FCE no 95/1 « La mondialisation contre le mondialisme »).
Le mondialisme s’efforce, au contraire, de proposer une nouvelle organisation politique de l’humanité impliquant le transfert, d’une façon non subordonnée, de certaines parties de la souveraineté à une Autorité Fédérale Mondiale capable de résoudre, par décisions majoritaires, les problèmes qui mettent en cause la survie de la planète. Le conseil international de la langue française (11, rue de Navarin 75009 Paris / http://www.cilf.org) définit le mondialisme comme étant un «mouvement politique préconisant une fédération des peuples à  l'échelle de la planète».

Voilà que Jean-Philippe ALLENBACH, le sympathique président du parti fédéraliste, tombe dans le même piège en affirmant, dans l'éditorial du no VII du mensuel « le fédéraliste » : « [Le parti] a un projet, le fédéralisme qui permettra à chacun d’entre nous de pouvoir enfin ‘vivre sa vie’ sans se la faire programmer par l’Etat. Il a un projet social, le revenu de citoyenneté, qui mettra fin à l’exclusion et à la misère. Il a un projet européen, l’Europe fédérale, qui nous mettra à l’abri des dangers du mondialisme… ».

et / ou …  Universalisme

Dans un long courrier à FCE, l’écrivain Gilbert MARQUES (cf. page 12) apporte la réflexion suivante: « A l’heure où l’Europe doit se construire alors qu’elle est déjà presque une notion désuète, on nous parle de mondialisme mais sous une forme qui ne me convient personnellement pas. Elle semble devoir signifier uniformisation des comportements, des idées, de la culture. Je lui préférerai l’appellation d’Universalisme laissant entrer la prise en considération d’un bien commun respectant toutefois les différences de chacun. »

Comme l’explique Djémil KESSOUS dans son remarquable essai, paru aux Editions Acratie, « L’UNIVERSALISME, l’expression majeure du mouvement social » (ou L’UNISME en abrégé), le mondialisme constitue en fait une composante moderne du 20e siècle et partant très importante de l’universalisme qui prend son origine à l’époque de Socrate et de Diogène de Sinope. L’Universalisme est une conception historique du monde qui, en dépassant l’ensemble des particularismes, s’adresse à tous, et d’abord aux plus déshérités. Il n’existe pourtant aucune doctrine uni(versali)ste constituée comme telle…

L’Universalisme serait (d’après la définition de Henri LEFEBVRE), une conception du monde, mais pas n’importe laquelle… L’Universalisme relativise, il nuance, en se construisant sans cesse à travers un processus cumulatif qui l’enrichit continuellement, qui le différencie également:

Du christianisme, il retient la volonté de s’adresser à tous les hommes, urbi et orbi, et d’abord aux plus déshérités, il retient leur fraternité nécessaire; cependant, il dépasse la simple charité chrétienne en cherchant, comme le dit HEGEL, à
« découvrir et à mettre en œuvre ce qu’il y a d’universel dans cet état de dénuement et dans les moyens d’y remédier et de rendre ainsi superflue cette aide subjective »…

De l’humanisme, l’unisme retient la fierté légitime de l’homme mais il ne place pas celui-ci au centre de l’univers…

Du libéralisme il conserve l’ébauche de la République universelle, le culte des libertés individuelles et publiques, mais il rejette l’exacerbation meurtrière des compétitions humaines, il n’accepte pas la spoliation, l’exclusion d’une majorité au profit d’une petite minorité…

Du socialisme (…), constitué à lui seul d’un univers traversé par différents courants, il recueille de chacun d’eux ce qu’il y a de meilleur pour unir ces divers éléments à travers un puissant syncrétisme…

Note: Pour approfondir la notion, se reporter aussi au périodique L’Universaliste, organe du Rassemblement Universaliste, B.P. 25, F-75622 PARIS cedex 13.

Autodétermination et Autogouvernement

L’autodétermination signifie, depuis l’origine de ce concept, l’action politique visant à créer un nouvel Etat indépendant jouissant de tous les attributs de la souveraineté [nationale] : forces armées et monnaie en particulier. Elle justifie donc la sécession d’une communauté d’un Etat antérieurement constitué. L’application de ce principe néfaste en Europe depuis près d’un siècle montre qu’il n’a engendré ni progrès, ni paix, ni développement, mais au contraire, accentué la balkanisation économique et politique, amené un renforcement des conflits frontaliers, de l’oppression des minorités, du centralisme, du militarisme, du protectionnisme et de l’anarchie internationale. L’autodétermination est donc, à la lumière de l’expérience historique, un principe politique réactionnaire, aux conséquences néfastes et antidémocratiques, qui menace la paix entre les peuples tout comme le développement des forces de production, et qui s’oppose, en dernière instance, au développement et à la victoire du fédéralisme.

Au contraire, l’autogouvernement est au cœur de la démocratie et permet, sans remettre en cause l’unité de l’Etat et l’organisation pluraliste de la société, de protéger les intérêts des diverses populations et cultures. Il se base sur l’application très large du principe de subsidiarité , la souveraineté démocratique de l’électorat, la libre association des citoyens et des communautés, et le pouvoir de la loi. Il peut s’exercer comme simple application du principe de subsidiarité au sein d’Etats décentralisés ou fédéralisés. Des exemples récents sont, au Canada, la naissance du territoire autonome du Nunavut, habité par les populations Inuit, qui a acquis son autonomie le 1er avril 1999, ou la dévolution en Grande-Bretagne avec l’autonomie accordée au Pays de Galles et à l’Ecosse. L’autogouvernement est donc un concept basé sur les principes de subsidiarité, de solidarité, de coopération et de coordination typiques des Etats ou des sociétés fédérales. Il est en substance le principe qui permettra de bâtir l’unité politique du genre humain, [à partir] de la plus petite commune au monde, dans la paix et le respect de la loi.

(sources : CDM, Alfonso SABATINO, Fédéchoses pour le fédéralisme - no 3 de la revue trimestrielle, J. Francis BILLION, Le Monde en devenir - no 18 de la revue mensuelle, B.P. 0631, F-37206 TOURS Cedex 3)


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