Le Jeune Chercheur de la Paix

par Llorenç Vidal

traduit de l'espagnol par Joseph Peschon

1

Au moment où, s'éveillant en sursaut d'un cauchemar, le Jeune Chercheur de la Paix se leva et ouvrit la fenêtre, la pleine lune naissante du printemps illuminait la nuit. Son reflet argenté se faufilait à travers les pins et se berçait dans la mer, tremblant sous le mouvement incessant des vaguelettes de la plage.

Le Jeune Chercheur de la Paix se demanda:

- Si les hommes sont les vagues d'une même mer, pourquoi nous maltraitons-nous les uns les autres par la violence? Pourquoi la violence existe-t-elle? Y a-t-il une alternative?

Son regard longea vaguement l'horizon et se perdit dans les étoiles...

2

Plus loin dans l'espace il rencontra le Maître de la Grotte Physique.

Et le Maître de la Grotte Physique lui répondit:

- Notre société est prise dans une spirale de violence individuelle et structurelle qui nous accable, nous fait souffrir inutilement.

3

Et le Jeune Chercheur de la Paix comprit que c'est cette violence qui est à l'origine de la guerre qui, par soif du pouvoir (personnel, politique ou économique), dresse les hommes, les peuples, les nations les uns contre les autres...

4

Il comprit que cette violence est inhérente aux structures de pouvoir de tous les pays, du moment que les droits de l'homme et les libertés fondamentales ne sont pas intégralement respectés, qu'une partie des hommes et des classes sociales vivent de l'exploitation des autres hommes, qu'il y a des hommes trop riches alors que d'autres sont trop pauvres, qu'il y a des enfants et des adultes qui souffrent et meurent de faim, de froid, des différentes formes de marginalisation et d'abandon social...

5

Il comprit aussi que cette violence est le propre de beaucoup de groupes subversifs et révolutionnaires, qui pour détruire les structures de pouvoir injustes, au lieu d'avoir recours à des moyens pacifiques, en ajoutent à la haine, à la rancoeur et d'autres expressions de la soif du pouvoir, et finissent dans la lutte armée, le terrorisme, la guérilla, la guerre... sans se rendre compte que de cette manière, au lieu de la contrecarrer, ils ajoutent à la spirale de la violence dans laquelle s'enfonce l'humanité et qui est la cause profonde de ces mêmes maux qu'ils entendent combattre...

6

Il comprit de même que cette violence est le fait des pouvoirs établis lorsque, pour se défendre de la subversion, ils emploient la répression par la force, la discrimination idéologique, la torture et la peine de mort...

7

Il comprit que cette violence est la conséquence de la société de consommation qui nous apprivoise en créant de faux besoins, comme elle manipule nos valeurs à travers la publicité, comme elle nous conditionne commercialement, comme elle stimule la soif démesurée d'argent, comme elle nous endort dans notre confort, comme elle cherche à penser pour nous et à diminuer notre faculté de penser et de vivre de façon autonome et coopérative, pour nous forcer à vivre de façon mimétique dans un monde de produits préfabriqués, faussement originaux, qui ne laissent pas de place ni à la singularité ni à la véritable créativité personnelle...

(à suivre)

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