surréaliste et citoyen du monde

« Breton, avec son énorme amour pour tout, et avec sa fureur, me révéla la sous-réalité de ma vie (…). Je crois que cette qualité de révéler l’homme tragique et son humour en chacun de nous, ce déclenchement de liberté de soi, c’était le génie d’André Breton. »
Au cours de ses études de médecine il suit les découvertes de Freud (à qui il rendra visite en 1921). A Paris, il est notamment le témoin de travaux sur l’hypnose, les médiums, les rêves et l’automatisme psychologique.
Mobilisé en 1915, il est affecté à différents centres neurologiques (dont celui de l’hôpital de Nantes) où il observe les effets destructeurs de la folie sur le comportement humain. A la fin de la 1ère Guerre mondiale on le retrouve auprès des dadaïstes, lié d’amitié à Guillaume Apollinaire et comme coéditeur, avec ses amis Louis Aragon, Paul Valéry et Philippe Soupault, d’une revue littéraire qui publie ses premiers textes ‘automatiques’ (Les Champs magnétiques).
Mais il y a un autre côté de la forte personnalité de Breton qui retient l’attention des fédéralistes. Il s’agit de son adhésion, après son retour d’exil aux Etats-Unis (1941-1946), aux idées et au mouvement des citoyens du monde, aux côtés d’Albert Camus et de Garry Davis.
La vision politique de Breton vise moins les grands programmes sociaux que l’intégrité de l’individu. Pour lui, il s’agit davantage d’amener les hommes à concevoir une gestion moins déraisonnable des intérêts humains que par le passé. En mettant l’accent sur la « condition humaine » plutôt que sur les « conditions de vie », il entend rester à l’écart des contraintes de toute politique partisane (telle qu’il l’avait vécue pendant la période de son adhésion au Parti communiste en 1935). Avant tout, il rejette les objectifs temporels prônés notamment par Sartre, car, selon lui, de tels objectifs supposent qu’on transige avec sa conscience et ils ne peuvent qu’entraîner ce bain de sang que Sartre s’efforçait toujours de justifier.
André Breton a conservé une foi tenace dans les ressources intérieures de l’homme et le triomphe final de ses instincts libérateurs. Son idéal social et philosophique était en fait le reflet de son idéal de créateur et d’acteur culturel: la révolte inlassable de ce que l’humanité a de plus insoumis, à savoir l’esprit.
En 1948, Breton intervient, à plusieurs reprises et publiquement, en faveur du mouvement des « Citoyens du monde » lancé à Paris par Robert Sarrazac et le Front humain. Il est convaincu que le « mal actuel » réside dans « l’Antagonisme des Gouvernants et des Gouvernés »:
« Il n’est pas vrai, que dis-je, il est scandaleusement faux que les peuples pris dans leur ensemble puissent être tenus pour responsables des erreurs et des exactions de leurs gouvernements (…) Pendant que les gouvernements se toisent, comme dans un ancien film burlesque éprouvent mutuellement leurs biceps (…) les gouvernés, eux, continuent à vaquer à leurs occupations qui n’ont rien de si belliqueux: ils travaillent, ils aiment, ils regardent leurs enfants qui sont beaux. »
Le 20 novembre 1948, Breton et Camus apportent officiellement, par le biais d’articles de presse, leur soutien à Garry Davis, le pilote de guerre américain ayant déchiré ses papiers pour appeler symboliquement à l’unité du monde. Breton critique sévèrement la situation de l’après-guerre et plus précisément les Nations Unies comme « prototype de ces organisations routinières et génératrices de malédiction dont l’œuvre de Kafka s’est appliquée à nous faire le tour… Il fallait et il suffisait qu’un homme se levât pour tout remettre en cause et sommer le monde de se reconnaître… » (extrait de l’article publié dans le journal Combat).
Au cours de plusieurs interventions publiques au mois de décembre de la même année, il continue à défendre les positions mondialistes et ajoute que le mal « réside dans le compartimentage de la Terre par nations et empires plus ou moins déguisés (…). C’est cet impérialisme rival de Coca-Cola et du marxisme dénaturé que nous devons, par les voies les plus promptes, mettre hors d’état de consommer le sacrifice de nos vies. »
Dans les années cinquante Breton tente désespérément de reconstituer autour de lui le groupe surréaliste d'avant-guerre. En tant que citoyen actif et non partisan, il s'engage avec ferveur contre la guerre d'Algérie. Sur le plan artistique, il cultive son "musée idéal", gère sa collection importante de tableaux, écrit lorsque l'envie l'en prend, plongeant sa plume dans l'encrier qu'Apollinaire lui a laissé. « Je cherche l'or du temps » sont ses propres mots inscrits sur le faire-part de décès, survenu le 28 septembre 1966 dans les bras d’Elisa (sa 3ème épouse, une pianiste accomplie) et d’Aube (sa fille).
Eugène Ionesco dit de Breton: « Je le mets sur le même plan qu’Einstein, Freud, Jung, Kafka. C’est-à-dire que je le considère comme un des quatre ou cinq réformateurs de la pensée d’aujourd’hui. » En mai 1968, nombreux furent les slogans inspirés du poète surréaliste qui fleurirent sur les murs de Paris « Plutôt la vie ! », « Vive la Révolution surréaliste ! », « La beauté sera convulsive ou ne sera pas ! »