Il est vrai que l’idée politique de l’unité africaine n’a jamais abouti jusqu’à ce jour à la création d’institutions fédérales durables. Les timides tentatives de NKRUMAH, Jomo KENYATTA, Wallace JOHNSON, Peter ABRAHAMS, Obafémi AWOLOWO - conduisant au 5ème Congrès Panafricain de Manchester en octobre 1945 -, ne furent pas couronnées du succès escompté et la fragile PAN AFRICA FEDERATION, lancée en 1944, fut condamnée à mourir à l’état embryonnaire.
C’est ainsi que les revendications africaines de l’après-guerre restèrent confinées dans les limites territoriales imposées par le système colonial. Les faits prouvent même que les élites africaines ont plutôt été les complices de la fragmentation territoriale opérée par les gouvernements européens et ont cherché à s’adapter à une situation dont elles espéraient tirer bénéfice. Dès les années ‘50, partout sur le continent, des drapeaux se hissèrent, des hymnes tonnèrent, des constitutions furent rédigées à la hâte...
Cette attitude indépendantiste générale des nationalistes africains peut être interprétée comme la réaction extrême à la politique des puissances coloniales d’alors visant à former des sortes de fédérations avec leurs colonies. L’idée d’«EURAFRIQUE» consistait en effet pour la plupart des dirigeants africains en une nouvelle tentative des puissances européennes de contenir la vague du nationalisme africain et le désir d’indépendance.
L’échec de la Fédération projetée par Leopold SENGHOR en 1958 entre le Sénégal, le Soudan, la Haute-Volta et Dahomey (Bénin), l’éclatement de la Fédération du Mali, l’absence de suite à la Conférence Panafricaine d’Accra en 1958 (sur l’initiative de NKRUMAH) sont la conséquence du vide organisa-tionnel constaté.
Seule réussite: l’union du Tanganika et de l’île de Zanzibar (la Tanzanie actuelle) s’est réalisée grâce à l’action du charismatique Julius NYERERE.
L’occasion historique de mettre l’idéal de l’unité africaine en pratique se présenta à la Conférence d’Addis-Abeba de 1963. Si les chefs d’Etat réunis adoptèrent, après des discussions très controversées, une charte commune, celle-ci ne fit qu’entériner les principes du statu quo du « respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats » et de « l’intangibilité des frontières africaines héritées du colonialisme ». Ce fut la naissance de la Ligue de l’OUA en tant qu’organisation de coopération inter-étatique, consacrant, en même temps que des structures suivant le modèle clos de la souveraineté nationale absolue de l’Europe du XIXème siècle, l’échec du panafricanisme et d’une organisation politique africaine originale.
C’est Julius NYERERE qui dès 1965 entend ouvrir et fonder une période toute nouvelle dans le combat fédéraliste africain, en publiant une série de textes dont nous reprenons un extrait significatif ci-après.(Julius NYERERE)
Le nationalisme étatique qui sévit en Afrique depuis plus de 35 ans continue à poser avec une particulière acuité la question du fédéralisme. Espérons que l’Afrique verra d’autres grands penseurs et hommes d’action pour montrer que les idées d’indépendance et de fédéralisme sont intimement liées et qu’il faut reprendre le combat interrompu sur des bases nouvelles.
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(sources: Le Fédéraliste, FCE)