La misère, les armées, la souveraineté nationale


TROIS “PETITS” CORRECTIFS

par Georges Krassovsky

Malgré tout l'intérêt que je porte aux problèmes sociaux et internationaux, je n'ai jamais milité au sein d'un parti politique. Mon farouche individualisme y est, certes, pour quelque chose mais sans doute aussi le fait que je ne suis pas arrivé à me trouver des ennemis. Je dois même avouer que je trouve plutôt sympathiques et souvent même amusants les hommes et les femmes qui se sont succédé depuis 40 ans dans l'arène politique de la France. En tout cas, j'ai toujours eu l'impression qu'ils faisaient du mieux qu'ils pouvaient... Des bûcheurs! Il se pourrait toutefois que ce soit précisément leur excès de cérébralité qui les empêche de voir les choses simplement et de trouver l'issue du labyrinthe de problèmes inextricables qu'est devenu le monde moderne. Il n'est, certes, pas question de tout chambarder, ni de changer de "système", ainsi que le préconisent certains "ultras". A quoi bon? - Puisque pour sortir de la confusion et de l'insécurité actuelles, il suffirait d'apporter à la conjoncture présente trois "petits" correctifs que voici:

1) Il est intolérable qu'il y ait des Etres humains qui, faute de ressources, n'aient pas d'abri, soient en guenilles et ne puissent pas manger à leur faim. D'après les statistiques, il y aurait, rien qu'en France, plusieurs millions d'indigents. Le comble est que, parmi ceux qui en sont réduits à la mendicité, se trouvent parfois des femmes avec des enfants en bas âge. Il faut donc aider au plus vite tous ces "sinistrés de la vie" en leur octroyant un revenu social qui leur permette de vivre dans des conditions décentes. Or, si jusqu'à présent aucun gouvernement n'a su mettre fin à ce scandale, ce n'est sans doute pas par manque de bonne volonté, mais à cause des problèmes financiers que cela posait: le budget de l'État et la balance commerciale imposent des limites. Ce qui nous amène tout droit au deuxième correctif qui s'avère indispensable.

2) La solution à la misère existe et elle est même toute simple: il suffirait de cesser d'engloutir des sommes faramineuses dans l'entretien des armées et dans la fabrication des armes.* Selon toute évidence, ces dépenses sont complètement absurdes. Le problème se pose toutefois différemment suivant qu'un pays est doté ou non d'armes atomiques. Une guerre entre grandes puissances nucléaires est désormais impensable: ce serait pour elles un suicide et il n'y aurait, par conséquent, plus rien à défendre. Il faut se rappeler, en outre que, selon une déclaration faite par le Général Georges Buis, Président de la Fondation pour les Etudes de Défense Nationale, un pays doté d'un réseau de centrales nucléaires est pratiquement indéfendable. Ces centrales sont autant de Tchernobyles en puissance et il suffirait de les bombarder ou de les faire sauter pour mettre un pays hors d'état de combattre. Alors à quoi bon toutes ces folles dépenses pour le maintien d'une armée qui ne pourra servir "au mieux" qu'à la répression d'une insurrection à l'intérieur même de l'État. La guerre en Tchétchénie en est un flagrant exemple. Quant aux "puissances" de second ordre, - non nucléaires - elles sont encore en mesure de faire la guerre avec les armes classiques que les grandes puissances mettent "obligeamment" à leur disposition. Des conflits tribaux ou territoriaux surgissent de temps en temps un peu partout. Ce sont des "points chauds" de la planète. Le résultat est pourtant toujours le même: la misère et la souffrance des populations civiles. Il y aurait donc tout intérêt pour tous à désarmer et à consacrer l'argent ainsi épargné à des tâches humanitaires et, en premier lieu, à secourir les plus démunis, aussi bien en France qu'ailleurs. Les besoins élémentaires des "laissés pour compte" une fois satisfaits, on devrait pouvoir investir également dans le développement, la recherche scientifique, la formation des jeunes, la protection de la nature, la promotion culturelle, l'organisation des loisirs, la création artistique, etc. Tout cela deviendrait possible à partir du moment ou l'on cesserait d'entretenir ces monstrueux parasites que sont toutes les armées du monde. C'est là, et nulle part ailleurs, que se trouve la clé de tous les problèmes sociaux, économiques et écologiques qui nous assaillent. Il résulte de ce qui précède que les problèmes intérieurs de tous les Etats se trouvent partout liés aux problèmes internationaux. Ce qui nous amène à envisager un troisième "petit" correctif qui doit impérativement compléter les deux précédents.

3) Il est indispensable de limiter la souveraineté nationale des Etats au profit d'institutions mondiales qui auraient pour tâche de veiller au respect d'une Charte de Sécurité souscrite par les représentants de tous les peuples de la Terre et qui garantirait l'inviolabilité du territoire sur lequel ils vivent, ainsi que leur indépendance et leur autonomie culturelle. A l'heure actuelle, grâce au progrès des communications et de l'informatique, cette conception d'un monde, à la fois diversifié et uni, est parfaitement réalisable et elle s'impose même si nous voulons sortir de l'imbroglio des relations internationales dont nous sommes les témoins. La création d'une Europe unie va dans ce sens, mais ce n'est qu'une étape vers la Fédération Mondiale des Peuples qu'il convient de réaliser. A base démocratique, cela va de soi! Si l'humanité ne se détruit pas avant avec ses armes ou ses pollutions, ce sera le couronnement de toute son évolution, l'avènement d'une ère véritablement nouvelle. Le plus tôt serait le mieux!

Tels sont les trois correctifs qu'il faudrait, à mon avis, apporter au monde d'aujourd'hui. C'est par dérision que je les ai appelés "petits" (entre guillemets) alors qu'il s'agit, en fait, de trois propositions à caractère révolutionnaire et, de surcroît, à l'échelle planétaire. Il est question, en effet de mettre fin à trois survivances du passé qui n'ont plus aucune raison d'être, ni justification: la misère, les armées, la souveraineté nationale. Quant à la marche à suivre pour y parvenir, il semble que les trois paliers qui y mènent sont:

1) L'adoption d'une Constitution Mondiale, l'élection du Parlement Mondial, la création d'une Cour Mondiale de Justice et d'un corps de police supranationale.

2) Le désarmement général, ce qui implique la suppression de toutes les armées nationales.

3) La promotion d'une vie décente pour tous les déshérités de la Terre.

Ce sont là des grands desseins généreux et exaltants. Ils manquent actuellement autant aux hommes politiques qu'aux citoyens qui les ont élus. Mais il n'y a peut-être pas lieu de désespérer. Il suffirait qu'un grand peuple intelligent et téméraire prenne les devants et donne l'exemple. Les autres suivraient. Quel sera ce peuple?

***

* Selon les experts de I'ONU les dépenses militaires mondiales s'élèvent à plus de 1.000 milliards de dollars par an (2 millions de dollars par minute!). Or ces mêmes experts ont calculé que 20% de cette somme seraient suffisants pour nourrir tous les affamés et nécessiteux de la planète pendant le même laps de temps .

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